Le monde en crises : quelles voies de sortie?

Les crises mondiales se suivent et s’aggravent. C’est à n’y rien comprendre! Au contraire, il y a des personnes bien placées qui peuvent nous y aider. L’Entraide missionnaire en a invité quelques-unes à son congrès annuel.

« Face à la crise financière qui affecte l’ensemble de l’économie mondiale et se combine avec une crise alimentaire, énergétique et climatique, pour déboucher sur un désastre social et humanitaire, diverses réactions se profilent à l’horizon. Certains proposent de punir et de changer les acteurs (les « voleurs de poules », comme dit Michel Camdessus, l’ancien directeur du FMI) pour continuer comme avant. D’autres soulignent la nécessité de réguler le système, mais sans changer les paramètres, comme George Soros. Enfin, il y a ceux qui estiment que c’est la logique du système économique contemporain qui est en jeu et qu’il s’agit de trouver des alternatives », explique François Houtart1.

Ce thème éminemment actuel du « monde en crises » a rassemblé 230 personnes à Montréal à l’occasion du dernier congrès de l’Entraide missionnaire qui a eu lieu les 12 et 13 septembre derniers. Bien des têtes blanches étaient au rendez-vous, des résistants aux systèmes déshumanisants de notre monde, mais aussi une bonne vingtaine de jeunes. D’entrée de jeu, le sociologue Jacques B. Gélinas2 nous a brillamment expliqué le phénomène de la globalisation de l’économie (depuis le début des années 1980) et de l’interrelation des crises actuelles qui ont leur source dans le système économique capitaliste « malade de sa propre logique systémique d’accumulation et d’accaparement ».

Dans cette idéologie, l’individu, la propriété privée, le marché et le profit illimité priment sur la communauté et ses besoins. Les résultats sont désastreux. Malgré un tableau déprimant de la situation mondiale, monsieur Gélinas souligne des progrès remarquables : la conscience de l’humanité en progression, des institutions internationales comme celles de l’ONU, la Déclaration universelle des droits de l’Homme et des ONG qui ont mis en place des programmes de défense des droits humains, de formation et d’intervention à la grandeur de la planète.

Selon François Houtart, quatre axes fondamentaux pourraient tracer le chemin de solutions de rechange fertiles :

1. L’utilisation durable et responsable des ressources naturelles : passer de l’exploitation au respect de la nature, source de toute vie;

2. Privilégier la valeur d’usage sur la valeur d’échange. Donc, définir l’économie comme l’activité destinée à créer, dans le respect de normes sociales et écologiques, les bases de la vie physique, culturelle et spirituelle de tous les êtres humains sur la planète;

3. Généraliser la démocratie dans tous les rapports sociaux et dans toutes les institutions surtout économiques;

4. La multiculturalité, afin de donner la possibilité à tous les savoirs, à toutes les cultures, à toutes les traditions de participer à la définition du Bien commun de l’humanité et à l’élaboration de son éthique.

Ces rencontres sont essentielles si on veut avoir une information de qualité et comprendre des enjeux complexes dans une perspective de justice sociale. La question des droits des peuples autochtones et des gâchis environnementaux et sociaux perpétrés par les minières canadiennes, même ici au Québec (soirée Relations des 20 et 21 septembre), en est un exemple. Il est plus difficile pour les idéologies dominantes de nous formater l’esprit à leur guise, selon leurs intérêts à court terme, lorsqu’on est bien informé et capable de vision globale.

1. François Houtart, prêtre et sociologue belge, est fondateur du Centre tricontinental (CETRI) et de la revue Alternatives Sud, et professeur émérite de l’Université de Louvain. Il est l’auteur d’une quarantaine de livres dont L’agroénergie Solution pour le climat ou sortie de crise pour le capital? (Couleur livres, 2009). Il est représentant du président de l’Assemblée générale de l’ONU auprès de la Commission onusienne pour la réforme du système financier et monétaire.

2. Jacques B. Gélinas, coopérant pendant plus de 10 ans en Amérique latine, est professeur en sociologie du développement à l’Université d’Ottawa et à l’Université nationale du Bénin. Il a été cadre au ministère des Relations internationales du Québec. Sociologue, essayiste et conférencier, il est l’auteur de La globalisation du monde, laisser faire ou faire? (Écosociété, 2000) et du Dictionnaire critique de la globalisation (Écosociété, 2008).

Notez que le rapport de ce congrès est disponible à l’Entraide missionnaire au 514 270-6089. www.web.net/~emi/

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