Le christianisme est-il capable de dialogue?

Dans le cadre d’une causerie organisée par le CÉRUM en février dernier, le prêtre et professeur marseillais Jean-Marc Aveline1 a tracé un rapide mais éloquent portrait de la théologie des religions qu’il approfondit dans le cadre de son travail.

D’abord, à quoi s’applique la théologie des religions? À donner une intelligence nouvelle à la foi chrétienne en reconnaissant que les autres traditions religieuses portent aussi une prétention de vérité. Or cette réflexion s’impose depuis bien plus longtemps que ce que l’on peut soupçonner! Même les Pères de l’Église ont été confrontés à l’altérité culturelle.

Cependant, c’est plutôt au début du 20e siècle, avec le théologien Troeltsch notamment, qu’on a commencé à relativiser le christianisme. On s’est mis à reconnaître qu’il était valide pour la culture occidentale, mais que son message n’était peut-être pas universel. Autour de Vatican II, une recherche de la singularité chrétienne s’est enclenchée. Qu’est-ce que l’identité chrétienne? Le christianisme est-il un humanisme ou une religion, a osé demander Barth. Après cette remise en question, des auteurs comme Geffré ont insisté sur la fécondité spirituelle et humaine de la rencontre interreligieuse.

À la suite d’un tel bilan, les perspectives actuelles de la théologie des religions sont d’abord en recherche contextuelle : remarquer que la théologie est en contact avec des traditions diversifiées – par exemple, il y a des islams, pas un seul; profiter de l’expérience du christianisme oriental, qui dialogue avec l’islam depuis des années. Cette théologie demande également quelle est la place de la religion dans l’espace public : a-t-elle le droit d’intervenir sur des questions plus cruciales que la grandeur des lieux de culte? Et c’est la théologie systématique, elle aussi, qui est appelée à se laisser influencer par les autres traditions : la théologie de la révélation pourrait devenir dialogique, l’ecclésiologie pourrait revoir ses missions…

Voilà quelque chose d’audacieux, non? Mais après tout, le dialogue (entre Dieu et les hommes) est au cœur du christianisme, qui a donc toutes les raisons de dialoguer avec les autres religions pour se laisser transformer. C’est une invitation à chercher « le sens divin de ce qui, humainement, nous sépare », a conclu M. Aveline, citant le frère Christian de Chergé, prieur de l’abbaye de Thibirine en Algérie.

1. Jean-Marc Aveline, prêtre diocésain, a fondé à Marseille l'Institut de sciences et théologie des religions, et dirige l'Institut catholique de la Méditerranée (Marseille). Il enseigne la théologie des religions à la Faculté de théologie de l'Université catholique de Lyon. Il est l'auteur, entre autres livres, de L’Enjeu christologique en théologie des religions. Le débat Tillich-Troeltsch, Paris, Cerf (Cogitatio Fidei), 2003.

Centre d’étude des religions de l’Université de Montréal (CÉRUM) www.cerum.umontreal.ca

Institut de sciences et théologie des religions http://istr-marseille.cef.fr/

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