Le Centre d’aide Paix-Dieu : du souffle en milieu de travail

Seul espace en milieu de travail de ce genre au Québec, ce centre apporte soutien aux fonctionnaires, en réponse aux exigences toujours plus grandes du monde du travail. De l’air frais dans une tour de béton.

Une haute tour domine la colline parlementaire à Québec : l’édifice Marie-Guyart. Au premier étage, à l’entrée d’un corridor jouxtant les ascenseurs, une affichette indique : Centre d’aide Paix-Dieu. En suivant la flèche, on arrive près d’un espace chaleureux comprenant quelques bureaux et un local de rencontre. C’est là que Jacques Gourde, prêtre, travaille depuis 13 ans à apporter un peu de soutien aux fonctionnaires qui fréquentent le lieu. Seul espace de ce genre au Québec, le centre offre un service de relation d’aide et de ressourcement pour les travailleuses et travailleurs. « Je crois qu’il faut trouver des lieux où les gens peuvent aller se dire, questionner, se remettre en question et qui n’offrent pas de réponses automatiques. Un lieu de quête de sens. Notre mission est d’offrir cette présence et cet espace pour permettre aux gens de se dire », soutient le responsable.

Le centre d’aide mise d’abord sur l’écoute. En conjuguant les deux volets spirituel et religieux, il se donne comme règle d’or l’accueil de tous et toutes : des plus conservateurs aux plus progressistes, chrétiens comme musulmans. À preuve, sur le site Internet, on trouve vraiment de tout… « J’essaie de dire aux gens : respectez-vous les uns les autres. Essayez de vous comprendre. Je veux que chacun ait son idée et qu’il respecte celle de l’autre. On essaie de faire ça ici. Tout ça doit cohabiter », affirme M. Gourde. Le centre se veut aussi un lieu où les gens peuvent se retrouver, réfléchir et vivre leur spiritualité en toute liberté : « Nous avons une petite communauté ici. Beaucoup de gens aiment venir célébrer parce qu’ils peuvent se rencontrer avant puis après. Ils aiment jaser ensemble. Ce qu’ils ne peuvent pas faire parfois dans le milieu, entre collègues. Ici, ils se sentent à l’aise entre eux. On a aussi des rencontres midi sur des thèmes comme le deuil, le suicide, le sens du travail, etc. »

Évidemment, les services offerts par le centre questionne le sens même du travail. Le travail ne devrait-il pas être au service des individus, plutôt que l’inverse? Notre travail est-il en lien avec nos valeurs? Comment vivre cette difficile rupture entre sens et travail parfois? « Beaucoup de travailleurs vivent des situations difficiles, avoue M. Gourde. Dans un contexte gouverne-mental et social où on renforce les structures, nous sommes aussi là pour donner un peu de souffle. Les fonctionnaires doivent exécuter des décisions qui vont parfois à l’encontre de leurs convictions, par exemple la décision du Mont Orford. Ils sont obligés d’écrire ces rapports-là. On a des lieux de discussions pour parler de ça. De plus, le contexte de la fonction publique n’est pas rose. Quand valorise-t-on un fonctionnaire? Dès qu’il y a une faute, on met ça sur leur dos. Trois questions reviennent chez ceux qui nous consultent : le travail, la souffrance et la solitude. Beaucoup ont de la difficulté à être eux-mêmes. Ils sont habitués d’exécuter, de bâtir des règlements, de les faire appliquer. Alors comment nourrir quelqu’un avec la Bible, s’il n’y a pas d’abord d’espace pour l’humain, pour permettre aux gens de trouver leurs propres réponses? »

Même si la plupart sont satisfaits des services, dans un contexte d’économisme, de restrictions budgétaires et de laïcisation, l’enjeu de la survie demeure : « Le centre n’est pas subventionné, confie M. Gourde. Il doit s’autofinancer. Au départ, il avait de l’aide du diocèse. À mon arrivée ici, il n’y en avait plus. Les ministères nous envoyaient un certain montant. Les dons provenaient aussi de programmes d’aide aux employés, mais plus maintenant. » Parmi les solutions envisagées : couper de moitié le travail de l’animateur sans diminuer les activités qui seront assurées par les bénévoles. « Notre espoir, ajoute M. Gourde, est de rester sur le terrain. Pas besoin de savoir ce qu’on va récolter. Une présence, c’est tout. J’ai appris ça de mère Teresa qui disait : “On n’est pas obligé de réussir, mais on est obligé d’être fidèle”. À ce qu’on est. C’est beaucoup moins fatigant que de toujours réussir. Le centre fait face à ce genre d’activisme, au gouvernement comme en Église : on fait plein de projets dont souvent peu fonctionnent. On veut des résultats. Le centre est un peu victime de cette attitude. Et on ne fait pas assez de place à la créativité, la gratuité, la présence… »

Mots clés :
, , , , , ,