Le 3e jour

La vie peut-elle jaillir de la mort dès ce monde-ci? La tragédie pascale ne se rejoue-t-elle pas tous les jours dans nos vies et notre monde, interpellant profondément notre foi/confiance, notre espérance?

En ce temps pascal, en ce printemps qui ne manque jamais de fleurir, même s’il se fait parfois attendre, et pour manifester le jaillissement incessant de la Vie dans nos vies douloureuses, voici une histoire vraie pour raviver notre confiance en Celui qui a vécu pleinement le passage, le relèvement de la mort à la Vie en plénitude. Que Pâques soit pour vous le passage de la mort à la vie et la joie en abondance.

Ressuscité le matin du premier jour de la semaine, Jésus apparut d’abord à Marie de Magdala, dont il avait chassé sept démons. Celle-ci partit l’annoncer à ceux qui avaient été avec lui et qui étaient dans le deuil et les pleurs. Mais, entendant dire qu’il vivait et qu’elle l’avait vu, ceux-ci ne la crurent pas. (Mc 16, 9-10)

Marie-Madeleine en pleurs cherche Jésus éperdument. Les disciples sont atterrés et brisés. Les femmes « baissaient leur visage vers la terre ». Les amis d’Emmaüs sont découragés. Après la mort de Jésus en croix, quelle désolation et quelle douleur ont du envahir parents et amis, en particulier sa mère, Marie. La violence mortifère des « pouvoirs de ce monde » avait triomphé de la Source même de la Vie manifestée en ce Jésus de Nazareth.

Je me réfère aux événements qui ont suivi la mort de Jésus, le 3e jour, car ils éclairent dans une lumière de résurrection les événements qui ont suivi la mort de mon fils Philippe, justement depuis le 3e jour après sa mort.

Mon fils aîné Philippe est décédé le samedi après-midi, 11 août 2007, à l’hôpital Notre-Dame de Montréal un peu avant 15 h après un an de lutte pour la vie. Pour moi, il est mort « crucifié » au cancer, ce cancer des os qui l’a émietté pendant près d’un an. Scandaleusement crucifié comme Jésus sur sa croix, comme des millions d’autres. Nous avons marché avec lui dans l’espoir d’une guérison. Son grand combat intérieur, de son propre aveu, était contre le désespoir. Où cela me mène-t-il? Pourquoi tant de souffrances? Qu’y a-t-il après la mort? Sa mort nous a transpercé le cœur. C’était l’heure des ténèbres pour nous. Sa mère pouvait dire : « Voyez s’il est une douleur semblable à la mienne avec tant de mères sur toute la terre. »

Le 3e jour, le lundi, nous nous sommes réunis pour préparer ses funérailles. J’ai eu peine à entrer dans la maison, je suis allé droit à sa chambre et j’ai pleuré sur son lit de douleur, creusé par son corps, comme pour l’y retrouver. Mais il n’était plus là.

Je suis sorti dehors en plein soleil où les enfants et sa mère, Louise, m’attendaient autour de la table de jardin. Elle leur lisait des extraits de son livret de baptême dont la prière que j’avais faite pour lui. Elle m’a dit : « Viens t’asseoir. » Puis, elle a pris le cahier de Philippe1 et s’est mise à lire des extraits à propos de notre désir de cet enfant, de sa venue et de sa croissance. Notre regard et notre cœur se tournaient lentement vers la vie.

« Ils parlaient entre eux de tous ces événements. Or, comme ils parlaient et discutaient ensemble, Jésus lui-même les rejoignit et fit route avec eux; mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. » (Emmaüs; Lc 24, 13-16)

Sa sœur aînée, Marie-Hélène, avait apporté des photos pour faire un montage illustrant sa vie. Nous les avons regardées et nous nous sommes rappelé des souvenirs sur Philippe. La Vie montait en nous et nous enveloppait. Philippe devenait présent autrement. Nous avons réglé les questions des funérailles dans l’harmonie. Sa mère a dit : « Nous allons demander des plantes au lieu de fleurs, car on pourra les ramener à la maison, et cela la remplira de vie. Et nous allons planter un arbre sur le terrain, un beau cerisier. Ses fleurs sont belles et sentent bon, comme Philippe. »

Lorsque nous sommes partis de là, quelque chose avait changé au fond de nous. Il y avait eu un revirement. Un vent de Vie était passé. Et nous y avons cru. En partant, j’ai vu Louise debout sur le gazon nous faire signe de la main et désigner l’endroit où l’arbre serait planté, puis elle a ouvert tout grand les bras vers le ciel, comme un arbre. Debout! Vivante! Comme Philippe.

Ça ne s’est pas arrêté là. Le soir, assis sur mon balcon en ville, j’étais rempli de joie et de force à l’intérieur. Le lendemain matin, un refrain s’est installé en moi et m’a accompagné pendant un bon mois :

Vous le verrez en Galilée
Au jour où il fait bon
Vous le verrez en Galilée
Il est ressuscité.
Ne cherchez pas parmi les morts
Cherchez-le chez les vivants
Car il a vaincu la mort
Il est toujours vivant.

La Galilée, pays d’origine des disciples, pays de la vie de tous les jours, simple, ordinaire, difficile, mais remplie de signes. À chacun sa Galilée.

Avant la soirée d’hommages à Philippe, Louise et Marie-Hélène sont allées s’acheter une robe neuve pour être belles pour Philippe. Et elles l’étaient avec chacune un cœur accroché au cou. Cette soirée fut mémorable; remplie de témoignages sur la vie de Philippe, sa beauté, sa bonté, son humour, ses espiègleries, sa serviabilité, sa sensibilité. Marie-Hélène avait disposé sur les murs 43 photos illustrant des épisodes de la vie de Philippe. Il a été vivant, abondamment, témoin de courage, de générosité et d’espérance, même si péniblement à la fin. Ses deux sœurs et une amie étaient enceintes dont une près d’accoucher… Quelqu’un a dit : « La vie côtoie la mort! » Une célébration à la Vie qui continue au jour le jour. Les signes sont là.

La douleur nous monte parfois au cœur, car la perte de sa présence physique est vivement ressentie. Mais je sens bien que la Vie prend le dessus. L’Esprit du ressuscité et celui de Philippe nous y entraînent. Nous sommes retournés à notre Galilée le chercher parmi les vivants, et non parmi les morts, les regrets du passé. Nous vivrons notre vie pleinement.

« Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts? Il n’est pas ici, mais il est ressuscité. » (Lc 24, 6)

A

Pub Aujourdhui Credo

1. Cahier manuscrit comprenant des événements de sa vie, depuis avant sa naissance jusqu’à 11 ans, et nos commentaires.

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