L’art comme sentier de foi

Aujourd’hui, sauf exception, les grands mouvements artistiques de la culture actuelle se développent à mille lieues d’une Église qui se replie dans un conformisme de plus en plus clérical.

On quitte le quotidien. On va au musée, au théâtre. Parfois même la quête prend des dimensions extraordinaires : durant les vacances, c’est en d’autres pays et dans des lieux plus anciens qu’elle se réalise. Soudain, on se trouve séduit, arraché, par une force esthétique, l’intuition d’une vérité fondamentale, qui illumine notre vie, change notre perception. Cela peut aussi se passer au fil même du quotidien, sans qu’on s’y attende, c’est une scène de série télévisuelle, un livre, une chanson qui convertira notre regard ou notre cœur. Comme la religion, l’art recèle parfois des coups de grâce. Ce genre d’expérience pourra marquer la façon même dont on abordera sa vie. Voire, sa foi.

Les fonctionnaires de Dieu comme les rationalistes refusent de tels rapprochements entre foi et culture. Les uns et les autres favorisent les catégories claires : on assure son territoire ; on enferme l’autre dans le sien. Chacun chez soi ! Séparation de la religion et de l’art.

L’artiste… dans une autre logique

L’artiste comme le prophète s’inscrivent dans une autre logique. Ils se trouvent pris avec la douleur ou le bonheur de vivre. Des réalités qui échappent au cadastre officiel et qui n’en cherchent pas moins à s’exprimer dans leurs productions. Si le discours religieux ou l’art dominants ne tiennent pas compte du malheur comme du bonheur du monde, artistes et prophètes chercheront à créer du sens hors des chemins officiels dans les sentiers que chacun finira par trouver avec ce que cela suppose de précarité et de solitude.

On est loin du temps où le christianisme, à l’instar d’autres religions ou idéologies, comprenait l’efficacité de l’art et savait s’allier les artistes pour s’exprimer. Qu’on pense au Moyen Âge comme à la Renaissance, où architecture, peinture, sculpture et théologie ont conjugué leurs efforts pour initier au mystère de l’Incarnation. Qu’on pense aux cathédrales gothiques : architectures hiérophanies c’est-à-dire qui manifestent l’accès au sacré; systèmes de sculptures qui acculturent le monde du premier et du second Testaments.

L’art : à mille lieues de l’Église?

Aujourd’hui, sauf exception, les grands mouvements artistiques de la culture actuelle se développent à mille lieues d’une Église qui se replie dans un conformisme de plus en plus clérical. Solitudes. Celle de communautés paroissiales vieillissantes, coupées de la culture et de la jeunesse qui pourrait assurer l’avenir. Celle de l’artiste, qui ne parvient pas toujours à nommer la dimension spirituelle, voire souvent la parenté chrétienne de son œuvre. Celle enfin du croyant, de la croyante plus ou moins à l’aise dans une Église de plus en plus déculturée, mais qui se retrouve dans une œuvre contemporaine sans pouvoir intégrer cette libération avec sa foi.

Apprivoiser de nouveaux langages

On ne peut que se réjouir de trouver au Québec des lieux de foi qui accueillent à la fois artistes et public. Des lieux qui permettent à l’artiste d’expliciter la dimension transcendante, voire chrétienne, de son œuvre et d’aider à son tour l’Église à apprivoiser de nouveaux langages. Bref, où on peut partager ce double mouvement d’acculturation, ou pour reprendre un terme plus traditionnel : de conversion mutuelle, en tenant compte de la variété des cas de figures de foi et de sécularité qui constitue notre société.

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