L’arbre de vie

Quand on franchit l’entrée du Centre Victor-Lelièvre, on remarque rapidement ce tableau de l’artiste haïtien Jacques Chéry. Comme un symbole de la vision qui s’y déploie...

L’artiste peintre Jacques Chéry est un chrétien d’Haïti qui a vécu en exil sous le régime Duvalier. Par son art de style « primitif », il cherche à éclairer le monde d’aujourd’hui à la lumière de la Parole du Dieu vivant.

Ce tableau illustre l’Alliance de Dieu avec son peuple. À la manière des vitraux de cathédrales du Moyen Âge ou de basiliques modernes, il retrace l’histoire du salut de l’humanité en une vibrante catéchèse. Voyez :

1. En haut au centre : la création d’Adam et Ève, des animaux, des arbres aux fruits succulents; et l’homme qui bêche la terre selon son appel à « cultiver le jardin » (Gn 2, 15).

2. En haut à gauche : les Dix commandements donnés à Moïse (Ex 20) et repris de nos jours (1948) dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme – ou Doa l’om en créole, pour marquer que la dignité humaine doit s’étendre à toutes les nations, même les plus appauvries.

3. Au centre à gauche : alors que l’humain détruit la terre en la surexploitant, Jésus au désert résiste aux tentations de richesse et de puissance (symbolisées par la maison et l’auto) pour rétablir la paix avec tous les êtres vivants.

4-5-6. Au bas : ces trois scènes décrivent des situations où les droits humains sont bafoués : droit à une patrie, alors que les habitants doivent s’enfuir par bateaux sur une mer déchaînée; droit à vivre en paix, alors que les victimes (et parmi elles Jésus lui-même, toujours en robe rouge) s’écroulent sous les coups des soldats et sous les obus des tanks et des avions; droit à la dignité et à la solidarité, plutôt que ce piétinement des uns par les autres pour gravir l’échelle sociale.

Remarquez que dans chacune des scènes de ténèbres, l’artiste a inséré une lumière d’espoir : dans la barque où les gens s’affolent, un passager demeure serein, comme Jésus sur la mer de Galilée (Mt 8, 24); au milieu des massacres, une personne portant l’emblème de la Croix Rouge soigne un blessé; et au bas de la pyramide de compétition farouche, une main est tendue pour sortir des flots celui qui risque de s’y noyer. Au creux de nos désespoirs luit toujours la petite flamme de l’espérance…

7. Au centre à droite : Jésus dans le Temple libère les colombes et les chèvres et renverse les tables des échangeurs de monnaies (Mc 11, 15). En bousculant l’ordre établi par une religion devenue emprisonnante et mercantile, Jésus annonce qu’il est le véritable Temple de Dieu, lieu de vie et de liberté.

8. En haut à droite : la grande table du festin de l’humanité est mise, où s’assoient des gens de toutes races et où les mets abondants sont servis par des enfants, des petits, « les premiers dans le Royaume ».

9. Au centre de tout : le Christ en croix, élevé comme le serpent d’airain dans le désert (Jn 3, 14). Il pend sur un arbre vivant. Un arbre dont les racines plongent jusque dans la noirceur des flots et dont les feuilles atteignent le ciel. Ses fruits colorés et ses jeunes pousses symbolisent la promesse de « vie en abondance » (Jn 10, 10).

En signe de l’éternel oui du Dieu créateur à toute sa création, un arc-en-ciel, « signe de l’Alliance » (Gn 10,13), entoure le tableau.

Comme devant une icône, osons faire silence et entrer en dialogue avec l’Amour qui se livre à notre regard et à notre cœur.

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