L’ACAT a-t-elle toujours sa pertinence?

Même dans une société sécularisée, il y a place pour un engagement chrétien clairement identifié en faveur de la justice et de la dignité des personnes, surtout quand il s’agit d’enjeux aussi importants que la torture.

Les chrétiennes et les chrétiens sont les disciples du Torturé et du Condamné à mort d’il y a deux mille ans qui, dans sa résurrection, a vaincu et la torture et la mort. Cette adhésion à Jésus Christ rejeté pour avoir pris le parti des plus démunis, des plus marginalisés de son temps, se traduit chez les membres de l’ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture) dans leur engagement à combattre cette réalité terrible de la torture et de la peine de mort.

Pourtant, au Québec, depuis la Révolution tranquille, bon nombre de chrétiennes et de chrétiens se sont insérés – quand ils ne les ont pas mis sur pied – dans des mouvements et regroupements citoyens sans faire état de leur appartenance à telle ou telle Église, à tel ou tel credo. Pourquoi alors se joindre maintenant, en 2008, à une organisation ouvertement chrétienne et œcuménique? Pourquoi ne pas simplement joindre les rangs des groupes laïques engagés pour la justice sociale, et en ce qui nous concerne, adhérer à Amnistie internationale, par exemple? La Commission Bouchard-Taylor vient de mettre en évidence l’importance du phénomène religieux dans ce Québec sécularisé. Cette mise en valeur de la religion est par ailleurs due souvent à des façons de faire de courants extrémistes dont les exigences « religieuses » sont venues heurter l’apparente neutralité de notre société, devenue laïque tout en conservant des assises judéo-chrétiennes.

Notre époque a besoin de gens qui, explicitement au nom de leur foi, contribuent à dénoncer tout ce qui va à l’encontre de l’égalité des personnes, de la liberté d’expression, d’une justice pour toutes et tous. Les membres de l’ACAT se situent dans cette tendance qui, dans leur travail de rejet de la torture, des mauvais traitements déjà dénoncés au nom de valeurs humaines supérieures, veulent affirmer que « les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur » (Vatican II, Gaudium et Spes). En cette époque de repliement de la hiérarchie catholique sur des dimensions plutôt individuelles, il m’apparaît bon que des fidèles de la base incarnent dans leur vie cette solidarité chrétienne avec leurs sœurs et frères humains.

Un autre aspect militant en faveur de la pertinence de l’ACAT réside dans sa dimension œcuménique. L’unité des chrétiens franchit des pas chaque fois que des membres de différentes dénominations se réunissent autour d’actions communes en faveur d’un monde plus humain, avec une attention particulière aux plus petits. Plus que les grands palabres théologiques, ce sont les engagements à la base qui contribuent à réunifier ces disciples du Christ et à rendre davantage poreuses les barrières qu’on a réussi à établir entre les sœurs et les frères en Christ.

Sur le plan international, à l’ONU par exemple, ce n’est pas banal de voir des organismes confessionnels, comme la Fédération internationale des ACAT, défendre des positions en faveur des plus démunis au nom même de cette foi qu’invoque constamment le sieur Bush pour justifier le recours à la guerre, la chasse aux terroristes. L’engagement explicite de chrétiennes et de chrétiens dans l’avancement des droits humains et dans le combat contre tout ce qui offense ces derniers, et en particulier contre la torture, m’apparaît une nécessité en ces temps d’extrémisme religieux.

Les membres de l’ACAT suivent donc les pas de Jésus dans le monde de ce temps. Elles et ils tentent de l’imiter en tenant compte du contexte qui est le nôtre. Elles et ils acceptent, ouvertement au nom de leur adhésion au Torturé, de dire non à des pratiques contraires à la dignité de la personne humaine. Dans la Déclaration universelle des droits humains, l’humanité a reconnu la dignité inviolable de chaque personne. Au nom de leur fidélité à ce Jésus, torturé et condamné à mort il y a deux mille ans, les chrétiennes et chrétiens membres de l’ACAT luttent contre ces fléaux de la torture et de la peine de mort. Ce faisant, ils témoignent explicitement de l’amour du Père qui, en son Fils ressuscité, nous a toutes et tous faits sœurs et frères. Ce témoignage est tout à fait pertinent dans le monde de ce temps.

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