La religion, aide ou nuisance dans notre société?

Les religions sont avant tout un mode de vie très marqué par le pluralisme culturel et théologique. Il faut les apprivoiser pour passer de la peur à l’accueil et à l’étonnement.

Ça bouge beaucoup au Québec sur le terrain religieux. Le cours d’éthique et de culture religieuse est le dernier acte de sortie de la religion catholique qui a dominé longtemps le Québec. Désormais, 8 % des catholiques disent pratiquer leur religion. Le choc causé par les attentats terroristes du 11 septembre 2001 a engendré un climat de peur et de perception des religions comme menaces à la paix mondiale par le biais du terrorisme religieux surtout islamiste. Le pluralisme religieux est de plus en plus reconnu et il conduit à des initiatives de rencontres interculturelles et interreligieuses. Les religions ne sont pas monolithiques. Dans chaque religion, divers courants de spiritualité se manifestent. Des spiritualités laïques, sans religion, s’affirment aussi dans nos sociétés (Comte-Sponville). Parallèlement, on assiste, chez certains groupes, à leur retrait de la société, perçue comme impure, pour se retrouver dans une religion plus pure. Tel est, selon Jacques Racine, conférencier invité au colloque du Centre culturel chrétien de Montréal sur l’apport des religions à la société québécoise, le contexte littéraire, médiatique et social des dernières années concernant les rapports des religions avec la société. Nous vivons des chocs culturels et religieux, mais il s’agit surtout du choc des ignorances, des préjugés, car on ne connaît pas l’autre.

C’est ce que les participants et participantes à cette rencontre ont pu constater à partir des propos tenus par les trois conférenciers invités, représentant les trois religions monothéistes, et leurs nombreux coreligionnaires présents. Jugez-en vous-même. Joseph Gaby, premier intervenant, nous étonne par ses propos sur la foi juive : « Le Judaïsme n’est pas une religion, mais un mode de vie. Si Dieu a appelé Israël son fils aîné, c’est qu’il y a d’autres enfants dans sa famille. Tous sont appelés au salut. Tout travail est un geste religieux. En hébreux, le mot signifiant culte signifie aussi travail. » La communauté juive est très variée et très impliquée dans la société québécoise.

Madame Samia Amor, autre invitée, collaboratrice à la Chaire de recherche du Canada Islam, pluralisme et globalisation, affirme aussi que « l’Islam est essentiellement un mode de vie. En témoignent les versets qui prescrivent au croyant une véritable éthique. Elle se manifeste particulièrement par : l’usage de la bonté envers ses parents (Sourate XVII, 23-24) et autrui, la pratique de bonnes paroles, de sincérité, de droiture, de patience, de modération, de modestie, de respect dans les engagements, d’appel au bien, de proscription du mal et de la moquerie, la rivalité dans la générosité et les bonnes actions, et surtout de la culture du pardon. (Sourate III, 146; 133-134) »

Une participante d’atelier, femme médecin originaire de Tunisie, nous explique qu’il existe plusieurs Islams selon les cultures et que les jeunes musulmans et musulmanes d’ici développent un Islam – même plusieurs – à la québécoise. L’Islam est pluriel. Dans l’esprit d’un usage éthique de l’argent basé sur le Coran, des musulmans et musulmanes d’ici ont proposé la création de « banques musulmanes » qui prêteraient de l’argent… sans intérêt. Cela rejoint d’ailleurs les prescriptions bibliques (Dt 23, 20 et Lv 25, 35-37). On a de belles surprises quand on prend le temps de s’écouter.

Des milliers de bénévoles des diverses communautés de foi présentes au Québec sont engagés dans une multitude d’œuvres sociales – entraide, soutien, accueil de personnes immigrantes, loisirs, santé, droits humains, etc. Plusieurs centres et organismes permanents de rencontres interreligieuses ont vu le jour ces dernières années. Un participant rappelait : « Le cynisme vient de tout le négatif que nous déversent les médias. La violence et les scandales, c’est payant. L’espoir est dans les groupes communautaires et les projets communs. » Comme le rappelait Brian McDonough, responsable de la pastorale sociale au diocèse de Montréal, lors de son exposé, nous avons à « promouvoir l’amitié civile et la lutte contre les structures sociales qui oppriment et aliènent pour vivre ensemble dans la paix. Nous sommes responsables de tous et toutes. »

De l’avis des trois invités, travailler au « vivre-ensemble », dans un esprit de justice et de solidarité sociale, avec la richesse de nos diversités culturelles et religieuses, fait partie des pratiques fondamentales proposées par chacune de ces religions.

Pour consulter le texte d’introduction générale au colloque écrit par Jacques Racine – « Les religions sont-elles un problème ou une ressource pour la société? » – et le texte de Mme Samia Amor sur l’apport de la tradition musulmane, voir le site : www.centreculturelchretiendemontreal.org (Voir le colloque 2009)

Institut interculturel de Montréal (IIM). Depuis 1963. Incontournable : www.iim.qc.ca

Présence musulmane : « Promouvoir un meilleur vivre-ensemble entre québécois de confession musulmane et leurs concitoyens » www.presencemusulmane.org

Jewish-Christian Relations : www.jcrelations.net

Paju (Palestiniens et Juifs unis) : www.pajumontreal.org

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