La prière interreligieuse : avancer avec audace

Certains y demeurent réfractaires. D’autres s’en font les apôtres. La prière interreligieuse est encore controversée dans l’Église. Pourtant, l’enseignement conciliaire est clair : l’Esprit nous appelle à la solidarité œcuménique.

Au concile Vatican II (1962-1965), l’Église catholique s’est ouverte à l’œcuménisme. Dans le document Unitatis redintegratio, elle reconnaît que, par le baptême et la foi dans l’Évangile, les chrétiens et chrétiennes non catholiques sont membres du corps mystique du Christ. Ils partagent avec les catholiques la vie de la grâce, même si la communion entre eux reste incomplète. Le Concile encourage la prière commune entre chrétiens, demandant à l’Esprit Saint de les conduire à l’unité parfaite, au-delà des divisions confessionnelles. La prière à la chapelle de Versant-La- Noël correspond parfaitement aux directives du concile Vatican II.

Certains catholiques conservateurs, attachés à l’enseignement catholique préconciliaire, s’opposent à la prière commune avec les protestants. Il y a aussi des protestants conservateurs qui, pour des raisons doctrinales, refusent de prier avec les catholiques. À cause de cette opposition conservatrice, les Églises chrétiennes trouvent difficile la coopération entre elles. Pourtant, l’enseignement conciliaire est clair : le Saint-Esprit nous appelle à la solidarité œcuménique.

Dans le document Nostra aetate, le Concile exprime son respect pour les grandes religions du monde, encourage le dialogue et la coopération interreligieuse. C’est là un tournant important dans l’histoire chrétienne. Pour le Concile, la lumière divine révélée dans le Christ illumine les recherches spirituelles de toute l’humanité et envoie ses rayons dans les grandes traditions religieuses. Mais ce document innovateur ne fait pas mention de la prière interreligieuse.

Certains gestes de Jean Paul II ont encouragé cette prière interreligieuse. En 1986 et en 2002, en effet, il invite à Assise des représentants des grandes religions à venir prier avec lui pour la paix dans le monde. Après la réunion de 1986, le cardinal Ratzinger, alors président de la Congrégation doctrinale du Vatican, publie un article critique de cet événement interreligieux, dans lequel il voit un encouragement potentiel au relativisme chez les fidèles. Selon lui, prier avec les non-chrétiens est défendu aux catholiques. Toujours selon Ratzinger, ce qui s’est passé à Assise n’était pas une prière interreligieuse, mais tout simplement un moment où des adeptes des différentes religions se sont adressés à la divinité selon leur propre tradition, chacun à sa façon. Pourtant, le discours pontifical prononcé à cette occasion indique clairement que Jean-Paul II a lui-même interprété cet événement comme une prière commune permettant aux participants de s’adresser ensemble à la sphère spirituelle.

La prière interreligieuse reste donc controversée dans l’Église catholique. Le cardinal Ratzinger, devenu Benoît XVI, continue de s’y opposer. Dans le document Dominus Jesus, publié en 2000, il se méfie du dialogue interreligieux lui-même. N’étant pas content de l’affirmation de Jean Paul II affirmant que les catholiques et les musulmans adorent le même Dieu, Benoît XVI a nié, dans une conférence faite en 2006 à Regensburg en Allemagne, que le Dieu des musulmans est le vrai Dieu adoré par les chrétiens. Cette remarque a été fortement critiquée par des théologiens tant musulmans que catholiques. Selon Benoît XVI, le pluralisme religieux n’existe que dans les faits; en principe, il n’y a qu’une seule vraie religion, le catholicisme romain.

Par contre, le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, fondé par Jean Paul II, promeut une approche positive du pluralisme religieux. Selon ce Conseil, le dialogue interreligieux n’est pas réservé aux spécialistes; il doit être cultivé par les catholiques à la base, promouvant ainsi la coopération et l’amitié avec les adeptes d’autres religions vivant dans une même région. Le langage utilisé suggère que la prière interreligieuse, confessant une foi commune en la sphère spirituelle, est une bonne chose. On trouve cette même reconnaissance de la solidarité interreligieuse dans les textes publiés par le Conseil pontifical pour les immigrants. On y dit clairement que la tâche des catholiques n’est pas de chercher à convertir les nouveaux immigrants non chrétiens, mais de les accueillir, de respecter leur religion, de les protéger contre les préjugés véhiculés par la société, de les aider à devenir des citoyens à part entière. Suivant cet esprit d’ouverture, les évêques du Québec ont publié un très beau texte sur les catholiques devant le pluralisme catholique.

Sur la prière interreligieuse, le magistère ecclésiastique est donc incertain. Dans l’avenir, l’expérience spirituelle et la pratique des catholiques résoudront cette question. Entre-temps, la prière vécue à la chapelle de Versant-La-Noël fait une contribution significative à l’évolution de la doctrine catholique.

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