La nature qui s’élance vers Dieu

« Il n’y a jamais de plus belle prière que de trouver la création belle... » Extrait du récent livre Église et environnement d’André Beauchamp.

Le sentiment dominant que nous ressentons face à l’environnement c’est, me semble-t-il, celui de l’appartenance et de l’inclusion. C’est le sentiment de l’immanence de Dieu dans le monde, de notre propre immanence à ce monde. Une certaine tradition dualiste, dont l’origine biblique est assez connue, nous a incités à croire qu’il y avait une rupture radicale entre la création et nous, comme si nous étions en dehors ou au-dessus de la création. Or cette attitude est contestable dans la mesure où, comme je l’ai expliqué précédemment, notre corps porte la trace de toute l’histoire de la vie. L’être humain n’est pas « un ange déchu qui se souvient des cieux » (Lamartine). Il est plutôt l’écho de la nature qui aspire à s’élever vers Dieu. Pour reprendre la belle expression de François, en regardant frère Soleil, sœur Lune, sœur Eau, nous prenons conscience des liens infinis qui unissent notre corps au cosmos. Nous sommes en ce sens poussières d’étoiles. En nous fondant dans la nature, nous retournons à ce que j’appelle notre archéologie cosmique. Chaque cellule de notre corps se souvient du Big Bang, de l’apparition de la première bactérie, du premier mammifère, etc. C’est de là à mon sens que vient la croyance en la réincarnation. Sauf qu’à mon avis, ce souvenir n’est pas psychique mais cosmique. Ce sentiment d’appartenance et d’inclusion réciproque de mon corps dans le cosmos et du cosmos en moi est profondément religieux et toujours essentiel. Au plan des systèmes de croyances, on peut lui donner une signification païenne, panthéiste ou chrétienne. Cela importe peu. L’expérience de la totalité et de la plénitude est un moment privilégié de prière.

L’admiration ou l’action de grâce est le couronnement de la prière cosmique. L’étonnement et la crainte sont des déclencheurs. L’appartenance est déjà plénitude. Mais l’accomplissement est l’action de grâce. Alors la bouche se ferme. Il y a d’abord le mystère de la beauté. Pourquoi trouvons-nous beau un chant d’oiseau, un coucher de soleil, un plan d’eau, un arbre qui ploie sous le vent? La science peut étudier chaque phénomène et le réduire à des informations transmises, voire à des formules mathématiques. Mais tout n’est pas simplement bleu, vert, froid, chaud, loin, gris, sonore. C’est également beau. Comme dit Gabriel Marcel, la beauté est un message à quelqu’un. Une émotion monte en nous et nous voilà les larmes aux yeux. Des rires d’enfants, des accords de Mozart, un vol d’oiseau, et nous voilà ravis. Admiration d’abord, puis action de grâce. Le sentiment religieux peut rester en deçà de l’action de grâce, s’enfermer par exemple dans la culpabilité ou le moralisme. Selon moi, il arrive à maturité quand il devient louange, gratitude, action de grâce. Il n’y a jamais de plus belle prière que de trouver la création belle, de dire merci à Dieu d’être au monde et de participer à cela, de lui rendre grâce pour tout cela. D’ailleurs, dans la tradition chrétienne, action de grâce se dit aussi eucharistie.

Extrait du livre d’André Beauchamp, Environnement et Église, Fides, 2008. p. 112-113.

Photo : « Nuage de Magellan », par Hubble

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