La mouvance féministe dans les Églises

La question de l’accès des femmes au ministère ordonné continue de faire son chemin dans les Églises... lentement mais sûrement. Quand Dieu appelle, la femme répond.

En ce beau dimanche du 15 février, nous sommes un bon nombre de catholiques à participer à la célébration eucharistique présidée par une femme prêtre. Cela va de soi… car nous célébrons avec nos sœurs et nos frères de l’Église anglicane à la cathédrale Christ Church de Montréal, où la révérende Joyce Sanchez est chanoine depuis 2007. Ainsi débute ce colloque1 sur le thème « Des pratiques qui interpellent » organisé conjointement par le Centre Justice et foi, le Centre Saint-Pierre, la Collective L’Autre Parole et le Réseau Femmes et Ministères.

Un jour, à Lennoxville, le pasteur de la paroisse demande à la jeune Joyce Sanchez ce qu’elle veut faire plus tard. Elle répond spontanément : « Un prêtre comme toi! » Elle a 12 ans. Elle sera ordonnée à 42 ans, en 1999, à Christ Church. Elle travaille particulièrement avec les personnes gaies et lesbiennes et sur les questions reliées à la sexualité humaine. La première ordination d’une femme dans l’Église anglicane remonte pourtant à 1944 dans le diocèse de Hong Kong, ordination alors non reconnue par la communion anglicane. La reconnaissance officielle ne viendra qu’en 1977 après plusieurs ordinations non reconnues. La reconnaissance des « choses nouvelles » que fait l’Esprit ne vient qu’après bien des années de « pratiques qui interpellent ».

Une autre femme prêtre, Marie Bouclin, de rite catholique, mais non reconnue par Rome, théologienne, pasteure associée à la communauté catholique Christ the Servant à Sudbury et présidente de Women’s Ordination Worldwide (WOW), participait à la table ronde. Cette ancienne religieuse devenue mère de famille travaille présentement avec les femmes violentées. Elle fut ordonnée prêtre, avec deux femmes américaines, selon le rituel catholique, dans une église de Toronto, en 2007, par l’évêque Patricia Fresen du Mouvement du Danube2.

Elle s’est impliquée davantage dans sa communauté, Christ the Servant, à la demande des paroissiens et paroissiennes, lors du départ du curé. Un noyau de 75 à 80 personnes a décidé de prendre la paroisse en main et de vivre sa foi selon les orientations de Vatican II. Un conseil de paroisse a été élu et a rédigé une constitution comprenant : son identité, un énoncé de mission et une profession de foi. « Il y a une radicale égalité entre tous les membres, chacun n’a qu’une voix, dit-elle. Tous et toutes participent à la prise de décision et s’engagent quelque part. La communauté est ouverte sur la théologie de la libération, l’option préférentielle pour les pauvres, le féminisme, et cela s’exprime dans la liturgie. » Voilà bien d’autres « pratiques audacieuses qui interpellent ».

En 1945, Mary Daly, philosophe et théologienne féministe, a écrit : « Le problème global de la question des femmes est bloqué par celle de l’accès au sacerdoce », rappelle Marie-André Roy, une autre participante, membre de l’Autre Parole (une collective chrétienne féministe) et professeure au département des Sciences religieuses de l’UQAM, « le droit à l’égalité selon des valeurs de justice et d’égalité est nié aux femmes dans l’Église catholique ». En 1989, dans le numéro 43 de la revue L’Autre Parole (voir aussi les numéros 67 et 117), la collective disait oui à l’ordination des femmes et à un accès plein à tous les ministères. En 1994, Rome a clos le débat de façon définitive.

« Les évêques d’ici se prononcent en faveur de l’ordination en privé… mais n’osent pas ordonner de femmes. Quand vont-ils aller de l’avant et oser ordonner une femme? » se demande madame Roy. « Toute l’argumentation biblique et théologique démontrant que rien n’empêche l’Église d’ordonner des femmes est établie depuis longtemps. Les objections qui restent sont d’ordre politique et culturel », précise-t-elle. Consciente que l’Autre Parole est une forme de contestation, madame Roy reconnaît qu’il y a plusieurs stratégies de résistance au patriarcat et au cléricalisme.

Selon bien des observateurs de la scène religieuse, une culture ecclésiale cléricale et patriarcale, d’où provient l’interdit de la réflexion sur l’accès des femmes au ministère ordonné, continue de discréditer l’Église catholique en notre temps.

1. Jocelyne Hudon, présentée dans l’Itinéraire de ce numéro, était de ce colloque. À noter que depuis la fermeture du dossier de l’accès des femmes au ministère ordonné, plusieurs colloques internationaux ont été tenus dans divers centres et universités rassemblant des centaines de femmes et d’hommes délégués.

2. Une centaine de femmes sont en formation, dans le Mouvement du Danube, en vue de l’ordination sacerdotale.

Pour approfondir

Réseau Femmes et Ministères : www.femmes-ministeres.org Section sur l’ordination.

Femmes et Hommes en Église : http://fhedles.fr/

Women’s Ordination Conference : www.womensordination.org

Women's Ordination Conference : www.womensordination.org

Catholic Network for Women’s Equality (CNWE) : www.cnwe.org

Net femmes : www.netfemmes.cdeacf.ca

L’Autre Parole : www.lautreparole.org

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