La maison Claire de lune : accoucher dans la foi

Cette maison de répit pour enfants multihandicapés tire son origine dans l’amour et la foi d’un couple ouvert aux appels de détresse et aux signes conduisant au service des plus petits.

Au début de leur amour, Hélène et Jean-Pierre voulaient donner un sens communautaire à leur future famille dans l’accueil et le partage. Une retraite avec Jean Vanier, dans le quartier Petite- Bourgogne, à Montréal, a confirmé leur choix de vie. Alors que leur premier enfant, Marie-Noëlle, arrive à 2 ans, ils apprennent par une jeune amie handicapée, Josée, qui vient de subir sa neuvième opération, qu’un bébé abandonné est en train de se laisser mourir. En allant la reconduire à l’Institut de réhabilitation, ils vont voir ce bébé et le trouvent en pleurs. L’enfant étant très handicapé, les médecins affirment qu’il ne parlera ni ne marchera jamais. « Quand on l’a vu, on a dit oui tout de suite. Je l’ai pris sur moi et dans mon cœur. Il était déjà notre enfant », confie Hélène. Un mois plus tard, Pierre-Yves arrive dans sa nouvelle famille et, le dimanche de Pâques, est accueilli dans la communauté chrétienne de Béthanie. Aujourd’hui, à 32 ans, il marche, il parle; il est épanoui, heureux et bien intégré socialement.

Avec trois enfants et du travail à l’extérieur, Hélène est très occupée; mais son cœur est ouvert aux appels de son entourage qu’elle considère comme des appels de Dieu. Dans son milieu de travail, elle entend que des parents d’enfants lourdement handicapés crient au secours. Malgré leur amour, ils sont épuisés de porter à bout de bras un enfant totalement dépendant et de courir sans cesse après des services spécialisés dans les institutions publiques. Le cri est entendu et, une nuit, Hélène fait le rêve du projet entier d’une maison de répit. Elle est bouleversée par cette « visite céleste ». C’est là qu’elle tombe enceinte de la maison de répit Claire de Lune1. « Jean-Pierre et moi porterons le projet pendant neuf mois », dit-elle.

Pratique et réaliste, elle va au CLSC de sa région pour s’informer des besoins et des ressources. Un comité vient justement de conclure que, malgré les besoins criants, un tel projet est irréaliste. Trop cher et trop compliqué. « Moi, j’arrivais là avec un rêve, ma bonne volonté et un jeune enfant dans les bras : Philippe-Emmanuel, notre troisième. Pas très convaincant! », avoue-t-elle. Une travailleuse sociale du CRSSS et quelques amies vont l’aider à bâtir le projet et à chercher du financement. Elle demande à Dieu des confirmations et elle en aura. La maison entrevue pour le projet est justement en vente à Sainte-Sophie. Elle sera vendue trois fois à d’autres qui ne pourront s’y installer pour toutes sortes de raisons, de sorte qu’elle lui reviendra. Un bon matin, elle fait une courte visite à son oncle, clerc de Sainte-Croix, à l’Oratoire Saint-Joseph. Une fois rendue, ce dernier la retient, car mère Teresa sera là dans 20 minutes. Il lui avait parlé du projet de sa nièce. Lorsqu’il lui présente Hélène, mère Teresa la prend dans ses bras et lui dit : « Allez-y, madame, c’est dans votre voie! » Hélène d’ajouter : « J’ai pleuré pendant trois jours. » Après 3 ans de préparation, la maison ouvre enfin ses portes en novembre 1988.

Depuis, Claire de Lune accueille des enfants multihandicapés (physiques, intellectuels, sensoriels ou autistes). Une seule a l’usage de la parole. Les enfants ont moins de 13 ans à leur arrivée, mais reviennent régulièrement, pour de courts séjours à la fois, le temps d’un répit pour les parents. Aujourd’hui, certains ont presque 30 ans. Sur sept chambres disponibles, toutes sont occupées. Comme ils sont totalement dépendants, il faut du « un pour un » : une équipe d’une quinzaine d’aidantes et des bénévoles est au service des enfants, et la formation s’étend sur un an. C’est long, car « il faut apprivoiser le silence pour entendre la petite voix intérieure en nous et en eux. Comme les enfants ne parlent pas, il faut comprendre, décoder leur langage corporel dans le silence », explique Hélène. L’équipe s’arrête souvent pour réfléchir à certains thèmes comme le respect de la dignité, la qualité de présence et de soins, la liberté de choix. « Nous avertissons « nos grands » à l’avance de tout geste que nous allons poser sur leur corps. Ils sont tellement vulnérables », poursuit la responsable.

« La source de l’Amour qui coule à Claire de lune, c’est Jésus Christ, car la Vie est au centre du projet. » Un signe sur place : un « oasis de paix » a été aménagé dans le grenier pour se recueillir et célébrer la Vie.

1. Le nom Claire de Lune rappelle une amie proche d’Hélène, Claire Léger, qui est décédée au début du projet.

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