La Fraternité du « Dieu-Entend » (Ismaël)

Les déserts urbains d’aujourd’hui regorgent d’enfants perdus et blessés, sans pain ni eau. Mais Dieu entend leur détresse et envoie des guides et des caravanes pour qu’ils retrouvent le chemin de la Source. Portrait de cette fraternité inusitée.

Ismaël, fils d’Abraham, est né d’une femme étrangère, Agar l’Égyptienne. Celle-ci était la servante de Sarah, la femme d’Abraham qui ne lui avait pas donné d’héritier. Renvoyée avec son enfant par Abraham à la demande de Sarah, Agar se retrouve dans le désert avec pour toute subsistance une cruche d’eau et du pain. L’équivalent d’une condamnation à mort. N’ayant plus rien à boire et à manger, elle dépose l’enfant Ismaël à bonne distance pour ne pas le voir mourir. Mais « Dieu entend » les pleurs de l’enfant, voit la détresse d’Agar et répond : « “Lève-toi! Relève l’enfant et tiens-le par la main…” Dieu lui ouvrit les yeux et elle aperçut un puits avec de l’eau. » (Gn 21, 18-19)

À l’âge de 13 ans, Céline Ménard, ressent fortement un appel qui l’atteint au cœur. Elle entend des promesses qui la concernent : « J’essuierai les larmes de leurs yeux »; « Ils seront mon peuple et je serai leur Dieu »; « Je leur donnerai des pasteurs selon mon cœur, différents des faux bergers. »

La cause des enfants perdus

Son chemin se précise lorsqu’elle se retrouve, à 21 ans (en 1961), à la veille d’entrer chez les Sœurs de Sainte-Croix. Elle est dans le doute, car elle ne se sent pas faite pour « le vieux monde », « les vieilles structures ». Alors, elle consulte la maîtresse des novices qui l’envoie « faire le tour du cimetière des sœurs »… Sur le point d’en sortir, elle y aperçoit un enfant de 10 ou 11 ans, laissé là, seul, comme perdu. S’avançant pour lui tendre la main, il disparaît. « Suis-je devenue folle, déjà? », se demande-t-elle. Elle voit, en elle, le Père avec l’enfant et elle entend : « Céline, pourquoi ne consacrerais-tu pas ta vie à la cause des enfants perdus? » Ce qu’elle fera durant 24 ans, avec les Sœurs de Sainte-Croix, dans les quartiers populaires de Saint-Henri, de Pointe-Saint-Charles et de Petite- Bourgogne. Elle les a donc rencontrés quotidiennement comme enseignante et animatrice de pastorale, dans les classes et les ruelles, et lors des fins de semaine avec les groupes de jeunes du secondaire.

Ismaël, c’est-à-dire « Dieu entend », nom relié au verbe shâma qui signifie : « entendre, percevoir, exaucer ». (Note de la TOB)

En mai 1976, alors qu’elle anime une session PRH1, elle rencontre Yves, qui deviendra le premier « homme Ismaël ». La vision de l’enfant au cimetière s’anime, en elle, avec cette question : « Demande-lui où il était le 10 février 1961. » La réponse d’Yves vient spontanément : « J’étais à la porte du cimetière Saint-Vincent-de-Paul où on venait d’enterrer mon jeune frère de 10 ans. J’avais dit à Dieu : « Prends ma vie et donne la vie à mon frère. » Longtemps après, j’ai compris qu’Il avait pris ma vie et qu’Il avait donné la Vie à mon frère. » Elle voit alors, comme elle le dit, « que cette vision manifeste le cœur du Père qui veille à la porte des cimetières pour le relèvement de la personne humaine rassemblée dans la Communauté des Fils et des Filles du Père ». Ils seront partenaires jusqu’à aujourd’hui pour trouver et rassembler des « enfants perdus » dans les personnes qu’ils rencontrent sur leur route.

Sortir des vieilles structures

En 1984, Céline rencontre Ghisline et Diane qui cherchent une « communauté de vie nouvelle ». Elle les « entend » dire : « On ne veut plus du vieux monde, des vieilles structures de l’institution » En juin 1985, en lisant les textes de la liturgie du jour qui racontaient l’histoire d’Agar et d’Ismaël dans le désert, Céline entend intérieurement : « Tu es concernée par cette parole : « Lève-toi! Relève l’enfant et tiens-le par la main… Dieu lui ouvrit les yeux… » » Ghisline, qui a lu ce texte le même jour, la confirme en lui disant : « Tu es notre guide, notre pasteure », puis ajoute : « Tu sais, on vient de familles dysfonctionnelles, tellement blessées, saccagées… Dieu-Entend, c’est notre Dieu. » Céline entreprend alors de rassembler des hommes et des femmes en quête d’un sens à leur vie en « communauté de vie nouvelle » – une espèce de « caravane de la vie » – afin qu’ils retrouvent leur source de vie originelle enfouie dans le désert de leur vécu et y boivent l’eau vive.

Depuis 1985, les membres de cette « caravane humaine » se rencontrent tous les mois pour être rétablis sur leur fondement originel, à la Source, et formés par la « méthode de conscientisation transformante ». Céline précise : « Cette méthode entraîne à percevoir, à contacter, à décoder les « sentis intérieurs » pour se conscientiser et se libérer de nos problématiques humaines, affectives et spirituelles et de leurs effets aliénants dans nos vies, depuis l’enfance jusqu’à l’âge adulte. Il s’agit de libérer le chemin de la Source au cœur de soi et d’accueillir le don originel de notre création. Nous avons une seconde chance de renaître de l’Esprit d’En-Haut. »

Combien d’enfants, devenus adultes, abandonnés « au bord de leur source », étrangers à leur être profond, à leur « fondement en Dieu », sont-ils en attente d’un « ange », d’une caravane pour retrouver leur véritable identité humaine et divine? En ce temps de Noël, temps de Dieu pour une humanité renouvelée où Marie a façonné des traits humains à Dieu, puisse-t-elle ouvrir nos yeux et nos oreilles pour voir et entendre la Source d’eau vive qu’est Jésus, premier Fils de l’humanité nouvelle.

1. Personnalité et relations humaines.

Pour communiquer avec la Fraternité du Dieu-Entend, joignez Lucie Pelland par courriel à luc17@videotron.ca.

Mots clés :
, , , , ,