La foi est politique

L’engagement social au nom de sa foi est une denrée rare chez les jeunes. Il semble que cet héritage de l’Église du Québec ne se transmet presque plus. Échos d’une rencontre organisée par le Centre justice et foi.

« La foi est politique. » Affirmation surprenante pour certains, mais pain quotidien pour d’autres, militantes et militants engagés dans la transformation de la société. C’est sur ce thème que le Centre justice et foi (CJF) a organisé dans ses locaux à Montréal, à la mi-octobre, une rencontre animée par Jean-Marc Biron, s.j. et Marco Veilleux, rassemblant une vingtaine de jeunes adultes de 20 à 40 ans afin de réfléchir à la dimension sociopolitique de la foi.

Dans un premier temps, Jean-Marc Biron a dressé un portrait des chrétiens et chrétiennes du XIXe siècle qui ont commencé à analyser les causes de la pauvreté et des injustices sociales que l’industrialisation amenait et à chercher des réponses inspirées par l’Évangile. À cette époque, un catholicisme social était en train de naître. Par la suite, l’encyclique Rerum Novarum, qui a marqué la pensée de l’Église, a donné son aval à cette lecture sociale, et c’est dans cette foulée que les chrétiennes et chrétiens se sont engagés dans les débats sociopolitiques. Au Québec est apparu ensuite le syndicalisme catholique – la CSN a été un syndicat catholique jusque dans les années soixante –, et les mouvements d’action catholique se sont impliqués massivement dans les enjeux de la société. Un certain printemps de l’Église est arrivé avec Vatican II et l’invitation de Jean XXIII à être attentifs aux signes des temps… Bref, avec cet exposé, on a pu saisir comment l’Esprit interpelle les croyants par les événements sociaux de chaque époque et comment la Parole s’incarne dans chaque réalité humaine collective.

À la suite de ce portait historique, nous avons été invités à prendre la parole à partir d’une question simple : est-ce que notre foi chrétienne suscite des engagements sociopolitiques dans notre vie? Nous nous sommes rendu compte que, dans notre génération, l’articulation entre la foi et la politique ne se fait pas. Beaucoup d’entre nous ont des engagements très concrets (que se soit dans une association étudiante, un groupe environnemental, ou par un choix de vie basé sur la simplicité volontaire, par exemple), mais ils demeurent associés à la sphère civile. De plus, ces engagements consistent surtout en des actions individuelles, et non collectives. En ce qui concerne la foi, il y a davantage de groupes de prière ou de type « spirituel » où on peut la vivre, mais qui ne font pas de liens avec un nécessaire engagement social. Également, nous étions très étonnés de constater que nos connaissances faisaient défaut à propos du catholicisme social et de ses témoins, c’est-à-dire en ce qui a trait aux personnes signifiantes qui ont marqué l’histoire de l’Église et du Québec. Nous avons manifesté notre inquiétude sur la transmission de cet héritage.

En bout de course, nous avons reconnu l’importance d’avoir des rencontres comme celle que le CJF a organisée. Comme chrétiens et chrétiennes qui ont le désir de s’engager pour la justice sociale et la transformation de la société, nous avons besoin de nous approprier et d’actualiser la perspective sociopolitique de la foi si nous voulons que notre lecture de l’Évangile nous interpelle et interpelle la société. Nous avons besoin d’être formés à une lecture évangélique des signes des temps. Nous avons besoin d’avoir des expériences signifiantes et concrètes où nous pouvons exprimer cette foi qui change le cœur, la pensée et l’action et qui nous aide à devenir des témoins actuels pour notre monde.

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