La fenêtre et le miroir

« Il y a des églises enracinées dans le printemps », chantait Frida Boccara. Et une nouvelle manière d’être Église : « l’amour fraternel, l’Évangile, le pain et le vin ».

L’Alter-Native. Quel beau nom! Littéralement, « quelque chose d’autre naît ». Je me laisse porter, un instant, par la puissance d’évocation de chaque membre du nom, comme deux jambes ou deux pieds, pour marcher un petit moment sur ce sentier de foi.

Native

Pour une foule de raisons que ne cessent d’analyser les sociologues de la religion, l’Église catholique n’arrive plus à être un lieu où Dieu s’engendre des fils et des filles au sein des nouvelles générations. Ce ne sont pourtant pas les initiatives généreuses et parfois audacieuses qui ont manqué ni la créativité qui a fait défaut aux artisans de la pastorale jeunesse. Tout indique que les structures ecclésiales qui, malgré d’inexcusables bavures, ont admirablement servi l’Évangile pendant des siècles, ont atteint la limite de leur durée de vie utile.

Il fallait bien un passeur de la vie comme Paul Tremblay pour favoriser la nouvelle naissance que fut la création de l’Alter-Native. Quiconque a été parent sait quel dense alliage de désir, de plaisir, d’espoir et d’énergie entoure la conception, la gestation et la naissance, puis la générosité, l’émerveillement et le décentrement de soi qui caractérisent les premiers mois et les premières années dans la vie d’un enfant. Quel concentré de ce qu’il y a de meilleur dans l’être humain! Ne sent-on pas qu’au fil des rencontres qui ont marqué la naissance et les premières années de l’Alter-Native, se fabrique un tissu très dense, sur trame d’Évangile, à même les matériaux de la vie quotidienne? Cette modeste communauté, qui ne se donne aucune grande mission et ne prétend pas révolutionner l’Église catholique, brille au soleil comme une fleur au printemps qui suffit à dire le triomphe de la vie, quelle qu’ait été la rigueur de l’hiver.

On pourrait la voir comme une fenêtre. Une fenêtre sur une nouvelle manière d’être Église. Plus simple. Plus humble. Plus fraternelle. Moins encombrée. L’essentiel seulement : l’amour fraternel, l’Évangile, le pain et la coupe.

Alter

Ayant moi-même fait partie pendant trente ans d’une communauté alternative rassemblée par une Parole intelligente proclamée dans une liturgie constamment réinventée, je me permets de poser ma petite question. « Alter », c’est « autre ». Une autre manière de faire Église, une autre manière de célébrer. Fort bien. Le grand paradoxe, c’est que le principal écueil qui menace une communauté semblable est celui de l’altérité.

Il est facile pour l’étranger de se joindre à une assemblée eucharistique dans une paroisse anonyme. Mais il est toujours très difficile d’entrer dans une communauté où les liens sont déjà tissés serrés, où les gens se connaissent et aiment bien se retrouver entre eux. J’avais lu, un jour, devant une église protestante : « Ici, vous n’êtes étrangers que la première fois. » Ce défi de l’accueil et de l’intégration est constant dans une communauté où l’appartenance et la solidarité sont fortes. J’aurais aimé apprendre comment l’Alter-Native le relève.

Il est évidemment très bon que l’Évangile soit au cœur du rassemblement fraternel. C’est un choix pour l’essentiel. Mais il y a un enjeu, et il est de taille, car en laissant de côté l’Ancien Testament ou les lettres, ou même certains passages évangéliques abrupts, on évite, sans s’en rendre compte, d’être confronté à l’altérité, celle d’une parole autre, qui dérange, déroute, questionne, bref qui ne fait pas notre affaire.

Si on n’y prend garde, la fenêtre tend à se transformer en miroir qui nous renvoie l’image de ce que nous sommes, au lieu de nous faire entrevoir ce que nous sommes appelés à devenir.

Longue vie à l’Alter-Native!

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