La Donation

Troisième film de la trilogie de Bernard Émond, La Donation aborde la vertu de la charité d’un point de vue laïque, c’est-à-dire donner sa vie pour la vie du monde autour...

Normétal (du nom de la compagnie minière) est un petit village de l’ouest de l’Abitibi qui comptait 3 000 habitants au plus fort de son activité (600 mineurs) en 1959. La mine de cuivre et de zinc a fermé en 1975. Les hommes du village, qui compte aujourd’hui moins de mille habitants, doivent travailler ailleurs. Comment attirer un médecin dans ce bled perdu de l’Abitibi? Bernard Émond y a réalisé le troisième film de sa trilogie : La Donation.

Le vieux médecin de la place, le docteur Rainville, personnifié par Jacques Godin, arrive en fin de carrière et cherche une relève. L’urgentologue Jeanne Dion (Élise Guilbault), personnage central du premier film de la trilogie, La Neuvaine, répondra à l’annonce. « Croyez-vous en Dieu, docteur? », demande la remplaçante. Silence. « Je crois qu’on doit servir. D’ailleurs, que peut faire le médecin pour les autres? On est tellement impuissant. On ne fait que prolonger la vie et soulager la souffrance. Si vous n’avez pas compris ça, vous devriez changer de métier », de répondre le docteur Rainville. La question du service, du don, prendra plusieurs visages qui deviendront familiers, contrairement à la grande ville. Dans ce microcosme, tout le monde se connaît. Pratiquement impossible de ne pas se faire proche des gens. La docteure acceptera-t-elle de consacrer le reste de sa vie à servir humblement au bout du monde?

Un film d’intériorité, sobre, austère même. Ce sont les paysages, le silence et les attitudes corporelles qui envahissent tout l’espace. Une méditation sur les thèmes de la vie et de la mort, de la distance et de l’intimité entre les êtres, du don de sa vie pour les autres ou de sa sauvegarde pour soi à tout prix. Drames de la vie quotidienne, cancer, drogue, avortement, départ des vieux et des jeunes sans crier gare. « Il vient de partir », dira la veuve de son époux décédé devant elle à l’hôpital. Mais quand c’est une jeune ado… Le curé de la petite paroisse en aura plein les bras avec la question du sens. Qu’il est beau et touchant, ce pays si vaste avec ses gens ordinaires, leurs amours et leurs drames. Surtout vu, contemplé plutôt, avec les yeux et le cœur de Bernard Émond.

Pour Bernard Émond, « La Donation, malgré ses références religieuses, est un film où Dieu est absent, et qui donne à la question comment vivre? une réponse totalement laïque, où la seule transcendance est celle des valeurs humaines. Si nous sommes vraiment seuls dans la noirceur du monde, il ne nous reste plus que le don, il ne nous reste que la logique du don pour empêcher le désert de s’étendre, pour rétablir un ordre humain. La charité serait ce qui nous reste quand il ne reste plus rien1. » Bref, « c’est ainsi qu’on vous reconnaîtra pour mes disciples ».

1. Voir http://bernardemond.com/wordpress/

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