La caravane de la paix

Des rencontres interreligieuses, il s’en fait depuis longtemps. La caravane de la paix en fait la promotion pour la deuxième fois en deux ans à Montréal. Une expérience unique.

On pourrait rester chacun chez soi, bien assis dans le confort de sa vérité. Qu’avons-nous besoin des autres? Convertissons-les plutôt à notre Vérité. C’est dans un tout autre esprit, soit celui de se rencontrer dans le respect et le dialogue, qu’est né le projet « La caravane de la paix » dont la première marche s’est tenue à l’été 2008. De simples citoyens et citoyennes de diverses confessions religieuses, soucieux de rapprocher les diverses communautés culturelles de Montréal, en ont pris l’initiative, appuyés par la communauté franciscaine1.

Par un beau samedi matin ensoleillé de juillet, une centaine de marcheuses et de marcheurs, soutenus par huit franciscains en bure brune, a déambulé dans quelques rues du quartier Parc-Extension à Montréal et visité quatre temples. Plusieurs jeunes étudiantes du cégep Maisonneuve et une de l’UQÀM y étaient. Le point de départ fut le petit temple hindou srilankais Sri Durkai Amman. Tous assis, pieds nus sur le grand tapis, dans une petite salle aux murs recouverts des photos des divinités hindoues, nous avons écouté le responsable nous parler du rôle des diverses divinités dans les besoins quotidiens de leur vie. Un jeune prêtre a chanté une prière en langue hindoue.

De là, nous sommes partis pour la mosquée Assuna Annabawiyah devant la sortie de métro Parc. Par une entrée discrète, nous accédons, au deuxième étage, à une salle immense, très dépouillée, invitant au recueillement. Aucune image, seulement une chaise surélevée dans un coin, accompagnée d’une petite à sa droite. Tout le reste est couvert d’un grand tapis aux motifs en arche. Une atmosphère de grand dépouillement et de silence règne ici. L’imam responsable nous a présenté les trois grands volets de l’Islam et ses cinq piliers : la proclamation de sa foi en Allah, les cinq prières quotidiennes, le jeune du Ramadan, l’aumône et le pèlerinage à la Mecque.

De cette escale, nous avons marché vers l’église grecque orthodoxe Annonciation de la Théotokos. Changement spectaculaire dans l’environnement. Une abondance d’icônes très grandes aux couleurs vives et une multitude de chandelles nous accueille. Je reconnais, du côté gauche, un immense tableau représentant la transfiguration et, à la droite, l’ascension. Une multitude de saints multicolores nous font face le long d’un mur qui ferme le chœur. Marie trône au sommet. Le prêtre nous accueille et ira faire des prières pour la paix retiré dans le saint des saints en avant. Puis, il nous donne quelques informations sur les différences entre les Églises orthodoxe et catholique, et on repart.

Dernière étape, le temple sikh2 Gurdwara Shri Ravidass, où de nombreux membres de la communauté, en turban et avec leur longue barbe, nous accueillent. Au centre, sur une petite estrade recouverte de tissu blanc et surmontée d’un baldaquin à quatre colonnes, un jeune homme lit le texte sacré, un poème mystique : le Jap Ji. Le fondateur du sikhisme, Gurû Nanak (1469- 1539), est né au Pakistan. Constatant les interminables querelles et violences entre hindous et musulmans, il voulut rapprocher ces communautés dans le dialogue et le respect, en plus de chercher à intégrer les sans-caste à la société. D’où le respect de toutes les croyances chez les sikhs. Monothéistes, ils croient en « une seule conscience créatrice manifestée ».

Pendant les présentations et tout au long du repas qui nous fut servi dans le temple, des hommes et des femmes en sari, avec quelques enfants, venaient se prosterner quelques minutes devant l’estrade centrale et laisser là leurs offrandes comme des sacs de nourriture. Entre-temps – surprise! –, une femme avait remplacé le lecteur du livre sacré.

Au sortir de ce temple, je croise des centaines de femmes toutes « endimanchées » dans leur sari aux couleurs vives, des enfants et beaucoup d’hommes sur leur trente-six. Impressionnant. Ils sont à l’entrée d’un magnifique temple hindou qui voisine le temple sikh sur la rue Durocher. Que se passe-t-il? Un jeune homme m’informe que c’est un mariage. Je reste un bon moment à les contempler et, lorsque je repars vers le métro, leur musique joyeuse et inhabituelle se perd dans le vent. J’ai encore le cœur tout joyeux et l’esprit plus ouvert à la suite de ces rencontres.

1. Représentée par Estelle Drouvin, Pierre Charland, ofm, Mohamed Bounegta, Suzy Tremblay et André Racine, ofm.

2. Le mot sikh vient du sanskrit et signifie « disciple ou étudiant ».

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