La Bible, une série américaine

Cet hiver, V télé (anciennement TQS) a présenté la série américaine de dix épisodes intitulée La Bible. Cette série a été extrêmement populaire aux États-Unis et en France. Comment a-t-elle été accueillie lors de cette diffusion québécoise? Quelle interprétation de la Bible a été mise de l’avant?

Au Québec, La Bible a réussi a rassembler environ 300 000 personnes lors de ses diffusions. Pour le compte du site www.interbible.org, j’ai animé une discussion sur les réseaux sociaux au sujet de cette série. Les personnes qui le voulaient pouvaient commenter les épisodes en direct avec le mot-clic #SérieLaBible. L’interprétation biblique assez « littérale » de la série était appréciée des personnes qui ont une vision plus traditionnelle de la foi. À l’opposé, les plus progressistes n’ont pas aimé La Bible.

À mon avis, l’élément le plus positif de cette série est qu’elle permet aux gens de faire le tour des récits bibliques les plus importants. Elle offre aux « non-lecteurs » de pouvoir voir une présentation simple de la Bible.

Une caméra en Palestine

En fait, dans la série, l’interprétation des textes bibliques ne va pas plus loin que le premier degré. C’est un peu comme si le réalisateur voulait nous faire croire qu’il avait installé une caméra en Palestine au temps de Jésus et y avait filmé ce qui s’était déroulé. Or les textes bibliques ne sont pas de simples reportages : ils ne se contentent pas de transmettre le mot à mot des événements historiques. Les textes bibliques sont plutôt des relectures croyantes qui racontent des histoires pour transmettre des vérités plus grandes que le simple compte rendu. Malheureusement, la série La Bible ne fait pas de distinction entre les genres littéraires et présente des histoires allégoriques comme si elles étaient historiques. C’est d’ailleurs la perspective des interprétations cinématographiques américaines récentes autour de la Bible.

Bible et violence

Plusieurs des commentaires des spectateurs et spectatrices sur les réseaux sociaux remettaient en question l’accent mis sur les scènes violentes de La Bible. Par exemple, le premier épisode montre Abraham criant « Croyez en Dieu » en se lançant à l’attaque. Puis, quelques minutes plus tard, des anges-ninjas se présentent à Sodome pour faire du kung-fu. La foi et la violence vont-elles ensemble aussi facilement? À mon avis, l’action est privilégiée au détriment de la réflexion.

Par ailleurs, mon neveu de six ans a vraiment apprécié cette violence souvent cachée dans notre façon de présenter les récits bibliques. Il s’est exclamé : « Je ne savais pas que la Bible était pleine de superhéros qui enlèvent leurs capes pour se battre. »

Reconstitutions invraisemblables

Alors que la Bible porte plusieurs visions différentes, la série présente des récits divergents pour en faire un amalgame invraisemblable. Par exemple, pour la passion, on assiste à un mélange des quatre évangiles, mais on y ajoute aussi les éléments du chemin de croix, une pratique de piété qui date du Moyen Âge. Sur la croix, le Jésus de la série est très loquace, puisqu’il dit l’ensemble des paroles consignées par Marc, Matthieu, Luc et Jean. En additionnant toutes les sources d’information sur Jésus, on obtient une reconstitution qui ne se trouve dans aucun des textes bibliques.

Hot Jesus/magic Jesus

Enfin, le Jésus de La Bible a fait réagir par son apparence physique. Il était si beau que sur les réseaux sociaux, on le surnommait hot Jesus. Pour moi, le problème n’était pas sa beauté, mais l’accent surnaturel constamment associé à Jésus. Lorsqu’ils sont mis à l’écran de cette façon, les miracles et la résurrection de Jésus semblent beaucoup trop évidents. Dans les récits bibliques, les autres personnages ne reconnaissent jamais le Ressuscité dès le départ. Ces récits sont comme des catéchèses qui nous apprennent à reconnaître la présence de Jésus parmi nous. Une présence beaucoup plus subtile que dans La Bible.

Sur le plan de la mise en scène, il y a aussi des problèmes concernant la distribution. Les acteurs sont issus d’ethnies qui composent bien davantage les États-Unis que les peuples bibliques. De plus, le jeu des acteurs est aussi inégal. Il faut dire tout de même que, parfois, pour faire voir les éléments surnaturels de la Bible, la série utilise des effets spéciaux assez bien réussis, comme avec le buisson ardent.

Bref, au premier épisode, le narrateur présente la série en disant : « Ceci est toute l’histoire de la Bible. » Je pense qu’il aurait dû dire : « Voici une interprétation littérale, violente et simpliste des textes bibliques revus à l’américaine. » Cela aurait été plus juste.

La série est disponible chez Netflix, mais vous pouvez aussi choisir de regarder quelque chose de plus inspirant…

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