L’univers de sens des jeunes

À notre époque matérialiste, beaucoup de jeunes trouvent des repères pour guider leurs choix dans la vie. Un chercheur universitaire ouvre une fenêtre sur leur quête de sens.

« L’imaginaire religieux de jeunes Québécois et leurs rapports au catholicisme » (2014), tel est le sujet de la thèse de doctorat menée par Jean-Philippe Perreault, professeur et titulaire de la Chaire de leadership en enseignement Jeunes et religions de l’Université Laval, depuis 20151. Ce n’est pas d’aujourd’hui que la question de l’univers religieux des jeunes l’intéresse. Il a fait son mémoire de maîtrise à l’Université de Montréal sur les enjeux de transmission de la foi : « La transmission des groupes chrétiens engagés socialement ». « Il nous est possible de dire ce qui ne se transmet pas, dit-il, comme la foi des chrétiens engagés socialement. De même les jeunes engagés socialement ne vont pas vers la foi chrétienne. Depuis fort longtemps, les jeunes sont absents de l’Église. » Déjà, dans les années 1990, au diocèse de Saint-Jérôme, une équipe sous la direction de Jacques Grand’Maison, sociologue et théologien, avait mené une recherche-action sur les profils sociaux et religieux des jeunes2.

Quel est donc « l’univers de sens » des jeunes aujourd’hui? Le religieux n’étant pas l’équivalent de religion, qui elle marque le rapport à l’institution, mais ce qui donne sens à l’existence, ce qui rend l’univers cohérent. Quel est leur univers de représentation? Pour y répondre, il a rencontré individuellement 18 jeunes de 18 à 25 ans, pour de longues entrevues, la moitié étant engagés dans des groupes catholiques et sociaux, l’autre moitié non engagés. Puis, il en a dégagé un portrait théorique en mettant en évidence les ressemblances entre les deux groupes. Tous disent que les questions de l’épanouissement personnel, de la liberté, de l’identité et de la réalisation de soi, du bonheur dans ce monde-ci et maintenant sont primordiales. Ce qui constitue leur « menu imaginaire religieux ». Selon lui, la chanson Tant qu’on aura de l’amour des Cowboys fringants définit bien cette jeunesse.

M. Perreault constate que, « contrairement à ce qu’on entend, nous ne sommes pas du tout dans une époque où il y a perte de sens et de valeurs, mais plutôt où il y a surabondance de propositions pour une vie épanouie et heureuse. La question devient alors : comment discerner dans ce trop-plein de propositions? Les jeunes sont souvent instrumentalisés pour toutes sortes d’intérêts; on cherche à les embrigader. Ils sont plus réalistes qu’on veut bien le croire. Conscients de vivre en des temps difficiles au plan économique, ils sont au prise avec des choix déterminants pour leur avenir, concernant leurs études, leur carrière, leur couple, la famille, leur bonheur. »

La recherche est sa passion et le phénomène religieux qui est un phénomène de société, en est l’axe principal. « C’est fascinant de comprendre le monde, les humains avec leurs ambiguïtés et leurs paradoxes, par la sociologie des religions, dit-il. C’est une démarche profondément spirituelle et chrétienne. »

1. « Ses principaux champs de recherche et d'enseignement sont l'imaginaire religieux des jeunes, le religieux contemporain, le catholicisme québécois et les rapports entre religion et éducation. » (Chaire de leadership en enseignement Jeunes et religion)

2. Jacques Grand’Maison (sous la direction de), Vers un nouveau conflit des générations. Profils sociaux et religieux de 20-35 ans, Montréal, Éditions Fides, 1992, 399 p. Voir aussi Jacques Grand'Maison (sous la direction de), Le drame spirituel des adolescents: profils sociaux et religieux, Montréal, Éditions Fides, 1992, 244 p.

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