Jésus, prince de la paix

Depuis l’Ancien Testament jusqu’à nos jours, le rapport de la foi à la guerre a connu un long mûrissement. Toutefois, la pratique des conseils évangéliques semble très difficile.

Nous lisons dans l’Ancien Testament que Dieu a envoyé les Israélites faire la guerre. Dans le Lévitique, Dieu a institué des punitions sanglantes pour les réfracteurs. De leur côté, les prophètes annonçaient que l’âge messianique serait caractérisé par la non-violence. « De leurs épées [les nations] forgeront des socs et de leurs lances, des faucilles » (Is 2, 4); « Le loup habitera avec l’agneau, la panthère se couchera près du chevreau. Le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. » (Is 11, 6)

Jésus prédit l’arrivée de ce nouvel âge. « Heureux les artisans de la paix, car ils seront appelés fils de Dieu » (Mt 5, 9); « Rengaine ton glaive; car tous ceux qui prennent le glaive périront par le glaive » (Mt 26, 52); « Vous avez appris qu’il a été dit : « Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. » Eh bien! moi je vous dis : « Aimez vos ennemis, priez pour vos persécuteurs » » (Mt 5, 43); « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous maltraitent » (Lc 6, 27); « Vous avez appris qu’il a été dit : « Œil pour œil et dent pour dent. » Eh bien! Moi je vous dis de ne pas tenir tête au méchant : au contraire, quelqu’un te donne-t-il un soufflet sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. » (Mt 5, 38)

L’Église primitive croyait que l’âge messianique de la non-violence avait été introduit par la mort et la résurrection du Christ. Elle ne se défendait pas contre le mal par le mal, mais pardonnait ses persécuteurs. Elle se croyait contrainte de refuser les soldats romains qui voulaient se faire chrétiens, puisqu’ils étaient obligés de se battre et souvent de tuer leurs adversaires. Plus tard, au IVe siècle, quand l’Empereur romain adopta le catholicisme comme la religion officielle de son empire, l’Église s’est mise à baptiser les soldats, voyant en eux les protecteurs de leur société contre les agressions externes.

Pour réduire la violence guerrière au minimum, les Pères de l’Église, saint Augustin en particulier, ont introduit la théologie de la guerre juste restreignant la légitimité des conflits sanglants à des cas exceptionnels. Selon cette théologie, une guerre n’est pas éthiquement justifiée à moins qu’elle ne remplisse plusieurs conditions : le but de la guerre doit être juste (pour se défendre ou corriger le mal); la guerre doit être déclarée par l’autorité légale; l’intention doit être bonne (ne pas être inspirée par la vengeance); le dommage infligé à l’ennemi doit être proportionnel au dommage que ce dernier avait produit; les non-combattants doivent rester indemnes; et entrevoir un espoir raisonnable que la guerre aura une courte durée.

La théologie de la guerre juste a été rarement appliquée. Le concile Vatican II a considéré que les armes de guerre produites par les nouvelles technologies massacrent inévitablement les populations civiles, rendant ainsi toute guerre éthiquement illégitime. Les Pères du Concile ont appelé les catholiques à suivre l’enseignement de Jésus, à pratiquer la non-violence, à s’opposer au versement du sang et à promouvoir la paix. Le Concile a également reconnu le droit des catholiques à l’objection de conscience lorsque leur pays est en guerre, ce qui était strictement interdit dans le passé.

Puisque les évêques appliquent rarement l’enseignement catholique sur la paix, Pax Christi et d’autres organismes et centres catholiques se sont engagés dans la promotion de la paix. Ce qu’ils veulent, ce n’est pas simplement la cessation des guerres; ils favorisent plutôt la création d’une culture de paix : respect mutuel des peuples, comportement non-violent dans la société, humilité de reconnaître les torts que notre société a infligés aux autres, refus de « démoniser » les adversaires, ouverture constante au dialogue, soif de la justice et pratique de la compassion.

Depuis 1968, le 1er janvier est désigné Journée de la paix; à cette occasion, le Pape prononce un discours analysant la situation actuelle, faisant des recommandations sur ce que nous devrions faire, et offrant des réflexions profondes sur la culture et la spiritualité de la paix. Ces discours, faciles à trouver sur le site Web du Vatican, ne sont pas bien connus, malgré leur richesse et leur originalité.

Les évêques catholiques du Canada ne se sont jamais prononcés sur la présence militaire canadienne en Afghanistan où on a tué des civils en grand nombre et où notre pays a exposé ses soldats à la mort. Je trouve leur silence inacceptable. La Conférence épiscopale canadienne a même refusé de participer à des rencontres du Conseil canadien des Églises pour réfléchir à cette guerre à la lumière de l’Évangile et témoigner de la foi devant le gouvernement. Alors, les baptisés d’ici, comme ceux et celles d’Antennes de paix, conscients de leurs responsabilités sur cette grave question, interpellent fortement le Gouvernement canadien et leurs concitoyens à agir pour la justice et la paix.

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