Jeanne Le Ber : l’amour extrême

Une perle cachée depuis les débuts de la colonie a été retrouvée en 1991 au cimetière des sœurs de la Congrégation. Que peut bien avoir à nous dire cette grande amoureuse, recluse volontaire, à l’occasion de la Saint-Valentin?

L’ange de Ville-Marie

Jeanne Le Ber (1662-1714) était la fille unique, parmi quatre frères, du plus riche marchand de la Nouvelle-France, Jacques Le Ber, et de Jeanne Le Moyne. C’était une jeune fille normale. Alors, les offres de mariage ne manquèrent pas pour cette femme belle, intelligente et riche. Mais Jeanne avait déjà choisi dans son cœur de se consacrer à Dieu dans une vie de solitude, de silence, de prière et de travail manuel, la broderie. Une option de retrait radical. « Non pour fuir le monde mais pour prier pour les misères du monde et partager tout son temps avec Jésus dans le Tabernacle1. » Équilibrée, réaliste et pratique, Jeanne a assumé elle-même la gestion de sa fortune, investissant dans l’aide aux pauvres – fabriquant des vêtements et payant pour l’éducation de plusieurs jeunes filles françaises et amérindiennes – et dans la confection de vêtements liturgiques et de parements d’autel magnifiques pour les paroisses pauvres.

Les habitants de Ville-Marie avaient tellement confiance en sa prière d’intercession qu’ils eurent recours à Jeanne couramment et collectivement pour protéger les récoltes (1709) et pour parer la tentative d’invasion du pays par les Anglais (1711). C’est pourquoi ils lui donnèrent comme surnom « l’ange de Ville-Marie ».

Une lumière pour aujourd’hui

Jeanne Le Ber est restée longtemps cachée, comme gardée en réserve, jusqu’en 1991 alors qu’on a identifié formellement ses ossements dans le cimetière des sœurs de la Congrégation de Notre- Dame. En 2005, les Sœurs firent transférer ses restes de la maison mère à la chapelle Notre-Dame-de- Bon-Secours, dans le Vieux-Montréal. Déjà, des centaines d’intentions de prière s’accumulent chaque année devant son ossuaire placé dans le mur est de la chapelle. Un parcours catéchétique présente sur place, avec de vrais personnages, « Jeanne, l’ange de Ville-Marie » et les fondateurs de la colonie comme des témoins de la foi. L’œuvre des tabernacles poursuit le travail créatif de Jeanne pour orner les autels de beauté. Depuis le début d’octobre 2006, plusieurs activités marquent la semaine Jeanne Le Ber.

Sa pierre d’aimant

« Pour approcher un peu le mystère de cette grande amoureuse, il faut se rappeler qu’elle a fréquenté dans sa jeunesse des femmes exceptionnelles comme Jeanne Mance, sa marraine; tout près de chez elle, les Hospitalières (Catherine Massé), Marguerite Bourgeoys et ses filles de la Congrégation de Notre-Dame; et à Québec, comme pensionnaire, de 12 à 15 ans, les Ursulines de la grande mystique Marie Guyart de l’Incarnation où elle apprit l’adoration et la broderie », me confie Monique Tremblay, c.n.d., responsable de la pastorale à la chapelle Notre-Dame-de-Bon- Secours. Après une expérience de réclusion de 15 ans chez elle (18 à 33 ans), bien suivie par les Sulpiciens, Jeanne décida de poursuivre sa route en prenant un engagement de réclusion à vie en complicité avec la communauté de Marguerite Bourgeoys, sans devenir elle-même religieuse. « Elle choisit cette réclusion par amour de quelqu’un, sans aucune compensation humaine ni spirituelle, dans le dépouillement total. N’est-ce pas le témoignage de tous les moines et de toutes les moniales », poursuit sœur Monique. Dans la foi et la fidélité. La source en sera d’ailleurs révélée lors d’une visite de deux officiers anglais protestants amenés par l’évêque; montrant l’endroit du tabernacle, elle dira : « Voilà ma pierre d’aimant! » Elle a persévéré jusqu’au bout, soit pendant 34 ans. Une vraie histoire d’amour extrême, l’histoire de Jeanne.

La spiritualité eucharistique de Jeanne a été reprise par les Recluses missionnaires (1943) auxquelles se sont associés quelques dizaines de laïques de Saint-Jérôme et de Montréal. Sœur Louise Lemieux, responsable des associés, résume ainsi cette spiritualité : « L’image des deux fenêtres est prise pour signifier que la prière de Jeanne comportait deux dimensions. Une fenêtre ouverte sur le monde pour y cueillir les intentions de tous ceux qui s’adressaient à elle (intercession) et une autre fenêtre qui donnait sur le tabernacle où Jeanne venait confier au Seigneur toutes les requêtes reçues et où elle se plongeait dans une longue et intense prière d’adoration. » Ainsi va la devise des Recluses : « Par Lui, avec Lui et en Lui ».

Témoin de l’amour fou de Dieu pour nous, toute sa vie pointe vers sa pierre d’aimant, ce Jésus que l’on peut toujours rencontrer et accueillir dans le Pain de vie. Faute de lui donner rendez-vous chez Tim Horton, la Congrégation de Notre-Dame, et surtout ceux et celles qui vivent de sa spiritualité, les Recluses missionnaires et leurs associés, hommes et femmes, vous la feront mieux connaître. Elle pourrait nous rappeler qu’au cœur de notre foi, il y a une grande histoire d’amour2.

1. Guide pour la visite guidée, p. 5.

2. Une chaîne d’adoration – une heure par semaine – se met en place présentement. Pour y participer communiquez avec Gérard Laverdure : laverdureg@gmail.com.

Pour plus d’information sur Jeanne Le Ber

  • Recluses missionnaires Monastère Notre-Dame de l’Annonciation
  • 12050, boul. Gouin Est
  • Montréal (Québec)
  • H1C 1B8
  • 514 648-6801
  • www.reclusesmiss.org

    Site de Thomas Angelitti sur Jeanne Le Ber : www.jeanneleber.com.

  • Chapelle Notre-Dame-de- Bon-Secours
  • Musée Marguerite-Bourgeoys
  • 514 282-8670
  • www.margueritebourgeoys.com

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