Je suis comblé de grâces!

À l’occasion de l’Action de grâce, nous vous proposons une réflexion touchante de notre rédacteur en chef. Et si nous apprenions ensemble à manifester notre gratitude pour tout ce que la vie et les autres nous offrent?

Rendre grâce, savoir dire merci, avoir le cœur plein de reconnaissance et l’exprimer. Dans la société et l’époque où je vis, la pensée dominante me dit qu’il faut travailler fort et mériter ce qu’on a, que la vie ne fait pas de cadeau. Au plus fort la poche; au plus performant les honneurs; au plus gentil et serviable l’amour de ses parents et des autres. J’ai cru ça longtemps, et il doit m’en rester encore en moi. Je me suis retrouvé à penser que j’étais bien meilleur que tous les autres… qui sont paresseux, égoïstes, pas aussi intelligents, croyants, engagés socialement et bons que moi, comme le dit le smart dans l’histoire qu’on nous rapporte dans l’évangile, celle du pharisien en prière « en avant de tous ». Son action de grâce était alambiquée, tordue : « Je te rends grâce, Seigneur, de ce que je ne suis pas comme les autres. » Mais avec le temps, avec le recul, j’ai bien vu que j’étais humain comme les autres – nous sommes tous faits de la même pâte fragile et faillible, avec les mêmes limites, craintes, blessures, tentations et idées tordues – et que je ne pouvais « guérir » sans sa miséricorde. Grand merci pour le temps donné et ta patience avec moi, Seigneur; cela m’a permis d’ouvrir les yeux sur moi-même, de mûrir et de m’ouvrir à ta Sagesse et aux autres…

Au fil des années, je réalise davantage tout ce que j’ai reçu de la vie, comme autant de bénédictions, comme des cadeaux, en commençant par la vie elle-même. Tu m’as accompagné tous les jours, tu as veillé sur moi, tu m’as empêché de faire bien des bêtises et tu t’es servi de celles que j’ai faites pour me former avec patience et tendresse, pour me rapprocher de toi. Ma fragilité, mes échecs et mes deuils m’ont rendu plus humain et fraternel. Heureusement! D’ailleurs, tu as mis sur mon chemin toute une caravane d’amis, de frères et de sœurs, de compagnes et compagnons de marche qui m’ont aidé à traverser le grand désert de la vie, à revenir de l’exil de moi-même et à me relier aux autres en toute solidarité. Tu m’as fait connaître les joies et les douleurs de l’amour, de la paternité et de l’enfantement. Tu m’as donc « comblé de grâces ». Merci!

C’est aussi devenu évident pour moi que nous avons besoin les uns des autres pour vivre et s’épanouir. Du pain et des fruits sur la table à l’eau qu’on boit, en passant par l’air qu’on respire, la pluie et le soleil et tous les services mis en commun, nous recevons beaucoup. Merci! Chacun et chacune apporte sa contribution au vivre-ensemble, à la qualité de vie et à la justice sociale dans notre société. Nous sommes vraiment membres les uns des autres. Tu nous aimes tellement et tu nous fais confiance sans mesure. Tu crois en moi, en nous. Tu te fais connaître à visage découvert en Jésus, tu nous partages tes pensées, tes paroles, tes manières de faire et d’aimer. Tu nous fais entrer dans ton intimité relationnelle avec l’Être qui est en toi, ce mystère insondable d’Amour, et tu vas jusqu’à te donner à nous, corps et âme, comme font les amoureux. Tu nous invites à ta table et tu t’agenouilles pour nous servir. La communauté rassemblée est ton corps qui, comme toi, met le tablier pour servir le monde d’aujourd’hui, avec compassion et confiance, les opprimés et les exclus en premier. Il y a tellement d’amour et de beauté dans notre monde…

Un silence de respect et de profonde reconnaissance, ruisselant de joie et de paix, me tient lieu d’action de grâce.

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