« Je ferai de toi un ami précieux dans ma maison »

Dieu ne regarde pas comme les humains : il choisit selon le coeur. Voici le parcours étonnant de M. Yves Côté, un homme rejeté à cause de son orientation sexuelle que Dieu ramasse en chemin pour en faire un artisan de réconciliation.

C’est quand on entend son rire contagieux qu’on sait qu’il est dans les parages à la paroisse Saint- Pierre-Apôtre. Un rire franc et direct comme sa parole, comme l’homme de chaleur humaine et de foi qu’il est. Sa formation, il l’a prise dans la vie, soit directement dans ses amours, dans la rue ou comme serveur dans les grands restaurants. Puis, dans ses lectures et ses nombreuses rencontres pastorales et oblates. Il sait donc repérer les besoins des gens et les écouter attentivement. Il y a 15 ans cette année qu’Yves Côté est fidèle au poste de pastorale sociale depuis qu’un oblat audacieux, Claude St-Laurent, lui a fait confiance en l’appelant comme Jésus faisait : « J’ai besoin de toi! Veux-tu travailler avec moi? » Yves de rétorquer : « Es-tu fou? As-tu bien entendu toute mon histoire? – Je ne suis pas fou, de répondre le père Claude, tu ne pourras jamais juger personne, car tu l’auras vécu toi-même. » Et du vécu, Yves en avait en effet beaucoup…

Retraçons donc ce long sentier de vie. Il est né à la maison, en novembre 1952, dans le lit de ses parents, dans un bled perdu, en pleine tempête de neige. Parce qu’il avait les oreilles très décollées, il a été le souffre-douleur de ses frères et sœurs et de ses camarades d’école. Il y avait peut-être une autre raison à ces mauvais traitements. En effet, Yves affirme : « J’ai toujours su, depuis l’âge de 10 ans, hors de tout doute, que j’étais « fifi » et un de mes frères, très homophobe, s’en doutait. Ce fut mon secret jusqu’à 14 ans. » Ses parents le savaient et, bien que très catholiques, ils l’ont respecté sans jamais poser de questions. Mais son père lui confiait les tâches les plus dures en lui disant chaque fois : « Je vais réussir à faire un homme de toi! » Pour Yves, son père agissait selon la mentalité de l’époque qui voulait que l’homosexualité soit un « choix vicieux ». « J’aurais bien aimé suivre le troupeau, être comme la majorité. Qui choisirait volontairement de se faire rejeter? », de confier Yves. Trois semaines avant la mort de son père, Yves est allé le voir à l’hôpital pour lui dire qu’il l’aimait et lui demander de laisser sa part d’héritage et les meubles de la maison paternelle à son frère plus jeune qui en avait grand besoin. Voilà son cœur. Tout le petit héritage est donc allé au plus jeune et Yves s’est alors mis à dos le reste de la famille qui, pourtant, n’en avait pas besoin.

Au tournant de ses 14 ans, Yves va confier son secret au vicaire de sa paroisse, qui trouve en lui une proie facile. Yves refuse ses avances et va en avertir le curé. Ce dernier lui répond : « Je n’ai rien entendu. Je te donne l’absolution et je prie pour que tu guérisses de ta maladie. » Yves est assommé : « J’étais donc pécheur et malade! Je me suis juré alors que je ne retournerais jamais plus dans une église. » Mais sa grande foi restait intacte : « J’ai toujours su que j’étais habité par une foi inébranlable. C’est à cause de cette foi que j’ai passé à travers plein d’épreuves. Et ce qui m’a le plus manqué pendant ces trente années de distance, c’est de partager avec des gens qui ont la même foi que moi. »

Un soir d’été 1995 dans le Village gai, il était dans un restaurant sur la rue Sainte-Catherine avec deux copains à qui il confiait que cela lui manquait de pratiquer sa foi en Église. Ils ont ri de lui. En sortant de là, il entend des cloches sonner, celles de l’église Saint-Pierre-Apôtre. Il s’y rend aussitôt en se disant : « L’Esprit nous guide là où on doit aller. » Il est accueilli à l’entrée par Claude St-Laurent, o.m.i., qui lui dit : « Bienvenue! J’ai décidé d’ouvrir l’église à toute personne, peu importe son orientation sexuelle. » Yves a pleuré pendant toute la messe sans trop savoir pourquoi. Il demande alors au curé de le rencontrer. Il passera la soirée, de 7 h à minuit, à lui raconter sa vie : beaucoup de plaisirs, de drogue et de prostitution, mais aussi des grands bouts de bonheur avec trois compagnons de vie dont un pendant 19 ans. C’est là qu’il passera de serveur de table à serveur, à l’auberge Église, de ses sœurs et frères blessés en chemin et qu’il marchera avec eux en toute solidarité.

Il n’est pas étonnant qu’il aide à se réconcilier tous ceux et celles qui ont été blessés et ne veulent plus rien savoir de l’Église. Il leur dira : « Ce n’est pas l’Église ou la religion qui t’a blessé, mais des hommes d’Église. » Combien de jeunes vont-ils le voir avec la certitude d’être compris et accueillis comme par un père aimant; des jeunes parfois réduits à la prostitution et à la drogue pour survivre parce que rejetés par leurs parents et la famille à cause de leur homosexualité?

S’il n’a jamais douté de l’importance de sa « mission » de guérison-réconciliation, il a eu toute une confirmation en avril 2000. Pas d’apparition céleste… mais la mauvaise nouvelle qu’il avait un cancer avancé du système lympathique : un lymphome de type T. Dans son style d’humour, il demande à l’oncologue : « T comme t’es mort ou presque mort? » Réponse : « Ce cancer ne se guérit pas et il est pris trop tard dans votre cas. » Oups! Il est suivi par une femme médecin qui est un ange pour lui et qui, en plus, est une grande croyante. Le curé St-Laurent demande à la communauté de prier pour lui. Un participant à la messe vient lui porter, un peu craintif de sa réaction, un bénitier et deux bouteilles d’huile de saint Joseph. Yves, très touché, lui répond : « Ma mère a tout guéri avec ça! » Ayant des nodules durs sur tout le corps, il s’en mettra partout en disant à Dieu : « Seigneur! Tu viens me chercher quand t’es prêt, mais épargne-moi la douleur. Et le lendemain, je n’avais plus rien sur le corps. Rien. » L’intérieur, les voies respiratoires, est guéri de la même façon la nuit suivante. Il va voir son oncologue qui lui passe tous les tests pour être bien sûre. Complètement guéri. Plus rien. Viens alors la grande question : « Pourquoi moi? », demandera Yves.

Le bon père Félix Vallée, o.m.i., lui dira plus tard : « Tu as été choisi. Reste à l’écoute pour savoir pourquoi. Et si c’était parce qu’il a besoin de toi, de ton témoignage de foi pour tes frères et sœurs homosexuels! » C’est d’ailleurs ce qu’Yves fait très bien à longueur de journée, à la paroisse, dans le quartier, aux rencontres de pastorale, en conférence à l’université Saint-Paul, au Grand Séminaire de Montréal, en interview à Radio-Canada, à Bons baisers de France, ou avec Patrick Lagacé de La Presse, devenu son ami. Toujours aussi convaincu de l’Amour inconditionnel de Dieu pour toutes ses créatures, dans la joie et la simplicité du cœur.

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