Jacques Bordeleau, heureux père de cinq enfants

Qu’en est-il des enjeux sociaux et spirituels liés à la paternité? Un père nous fait part des joies liées au vécu de sa famille et du défi de la transmission des valeurs pour l’amour des siens et... du monde.

« Chaque enfant nous ouvre un fenêtre, nous ouvre à un horizon neuf. C’est ce qui me fascine. Mes enfants, je les sens curieux devant la vie. Ils s’intéressent à des choses que je n’aurais pas nécessairement explorées… » Voilà ce devant quoi Jacques Bordeleau, jeune quarantaine, s’émerveille quand il livre sa joie de vivre la paternité. « Être père de cinq enfants, c’est un beau cadeau de la vie. Je me sens choyé, car je partage cette expérience-là avec une femme que j’aime toujours. » M. Bordeleau est à l’emploi de la fondation Béati depuis 1998, et en est le directeur général depuis 2001. Auparavant, il a œuvré en milieu populaire et communautaire. Mais en parallèle de son travail, il est tout dévoué à sa vie de famille et au bonheur de voir grandir ses cinq garçons : François, 16 ans; Jean- Louis, 14; Étienne, presque 12; puis Vincent et Gabriel, des jumeaux de 8 ans. Quand il parle d’eux, de ce qu’il leur léguera en tant qu’individu, il s’émeut, et ne s’en excuse pas : « Je suis un sensitif, je suis un homme de relation, sensible aux gens, aux choses. Je pleure, je ris, je crie. Il y a quelque chose de passionné dans ma façon d’être et de vivre. Je sens bien que mes enfants n’y sont pas indifférents. Ils deviennent un peu comme ça aussi. Ils sont très attentifs aux gens. »

Dans sa « spiritualité de papa », la transmission représente un enjeu central. Cette préoccupation s’ajoute aux attributs du nouveau modèle de père en émergence depuis quelques décennies. Comme les institutions ont perdu de leur crédibilité, jamais la transmission des valeurs n’aura été autant sous la responsabilité des individus. Dès lors, tenter de répondre à la question « quoi transmettre et comment? », c’est emprunter un chemin peu balisé. « On a l’impression qu’on transmet peu. Dans les faits, nos choix ont une influence beaucoup plus importante que je pensais au départ. Ça m’a donné le vertige. […] La notion d’entraide et de solidarité, en terme de présence aux autres près de moi, je sens que c’est de l’acquis. Mais il y a aussi une solidarité plus large, un souci de ce qui m’entoure, des enjeux de société. Je ne suis pas hors du monde, mais dans le monde. »

La transmission n’est donc plus un processus plus ou moins conscient. Il s’agit d’une démarche éminemment spirituelle puisqu’elle implique de procéder à l’inventaire de son propre héritage, d’en liquider des éléments et de créer du neuf avec ce qu’on a reçu. « Je suis habité par la transmission de mes valeurs, de ma spiritualité au cœur du quotidien. Par ce que je suis, ce que je vis avec eux, je leur transmets une part de l’héritage que j’ai reçu de mes parents. Je suis préoccupé de voir ce que je leur transmets. Actuellement, dans ma foi, je suis habité par cette question : quel espace communautaire puis-je leur offrir? Comme moi j’en ai peu… J’ai déjà un réseau familial et d’amis très large. Et du fait qu’ils soient nombreux, ils ne seront jamais seuls; un réseau d’entraide leur est déjà donné. Mais auront-ils le goût de l’investir? Ça leur appartient. »

Donner la vie, souligne M. Bordeleau, c’est aussi permettre à son enfant de s’inscrire dans une lignée croyante. « Dans ma foi, ajoute-t-il, je fais souvent référence à la notion de filiation. David, fils de… On est dans la lignée des prophètes, des rois. Des gens m’ont précédé dans la foi, dans ce qu’ils étaient aussi. J’ai des grands-parents qui ont mis des coopératives sur pied dans leur région. J’ai l’impression d’être en filiation avec ces gens-là, que mes enfants vont s’inscrire dans cette perspective-là aussi. Je veux transmettre une foi, mais aussi un rapport au monde, à la vie. Un Dieu Père ou Mère, qui est présent même dans ses silences, présent dans mes recherches et mes luttes, ça me parle. » Père aimant et présent aux siens, M. Bordeleau veut être de leurs luttes et de leurs recherches. Ce moment signifiant vécu avec chacun d’eux en dit long : « Quand mon premier enfant est né – ce n’était pas réfléchi au départ – je lui ai chanté Les amours, les travaux de Vigneault. Ce geste m’a habité, et je l’ai refait avec le deuxième, puis avec tous les autres. » Se remémorant alors les paroles – « J’ai trouvé dans un berceau / Les seuls propos qui promettent […] Les amours, les travaux / Même le chant d’un oiseau / Ton cœur, mes mots / Font tourner le monde » – une émotion l’étreint à nouveau. Tendresse d’un père…

Mots clés :
, , , , , ,