Halloween : le développement d’une liturgie séculière?

Cette fête dite « païenne » est souvent décriée par les chrétiens. Pourtant, elle marque un temps important dans nos calendriers séculiers. Malgré sa charge consumériste, peut-elle manifester autre chose qu’une simple mascarade?

Depuis le début du mois, citrouilles et fantômes sont apparus dans nos quartiers et nos villages, rappelant du coup que l’Halloween n’est plus uniquement la fête des petits superhéros à la recherche de confiseries. La transformation de résidences en sanctuaires rendant hommage à l’automne ou en maisons hantées bordées de pierres tombales n’est-elle que le strict résultat du consumérisme ambiant? Ne sommes-nous pas aussi face au lent aménagement d’un temps ritualisé et symbolique, au développement d’un « calendrier liturgique séculier »? L’Halloween, comme la Saint-Valentin, la fête nationale ou la rentrée scolaire, est de ces moments qui structurent la vie et l’imaginaire de nos sociétés sécularisées. Stimulées par le commerce, soutenues par les médias, objets d’activités particulières dans nos écoles, ces célébrations sont des repères collectivement partagés qui marquent le temps et les saisons.

D’ailleurs, bien que les tentatives de récupération de cette fête « païenne » par le christianisme remonte au VIIIe siècle, l’Halloween est une des sources d’innovation liturgique selon une enquête réalisée en 2003 sur l’état de la liturgie au Canada francophone1. Comme le fait remarquer la liturgiste Marie-Josée Poiré, nous sommes face à « un changement de paradigme : pendant des siècles, le calendrier liturgique s’est imposé à l’ensemble de la société et a régulé la vie sociale et humaine; maintenant, on cherche à intégrer le calendrier séculier, nouvelle norme sociale, dans les célébrations liturgiques ». Il n’y aura pas que les bonbons en jeu lorsque montres, pirates et « Bob l’éponge » sonneront à votre porte ce lundi. Ce faisant, jeunes et parents jouent avec l’obscurité et l’horreur; mettent en scène leur corps et leur identité par le costume et les personnages; se fabriquent des souvenirs. Ils apprivoisent les ténèbres pour y déceler la vie.

1. Revue Liturgie, foi et culture, nos 176 et 177.

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