Hallel de la terre et du ciel

L’auteur Jean Chapdelaine Gagnon vient de publier Nativités : quinze hymnes pour le temps de Noël. Il a gentiment accepté que nous en publiions un extrait, en ce temps où l’espérance se nourrit de lumière irisée et d’élans de vie.

Hymne tirée du magnifique livre Nativités : quinze hymnes pour le temps de Noël de Jean Chapdelaine Gagnon (illustrations de Gérard Dubois) publié chez Bellarmin et Fides en 2008. Nous la publions ici avec l’autorisation généreuse de l’auteur. Merci!

Avec toi le monde se refonde,
sort du malheur, des peurs, du chagrin.
La lumière défait la nuit.

C’est le premier jour de la neuve espérance
quelque part, nulle part, avec les plus pauvres,
les moins que rien,
les pâtres qui n’ont pas où reposer la tête
sinon sur racine, sur pierre,
vivant avec et comme leurs bêtes,
leurs brebis, leurs chèvres,
leurs troupeaux bêlants.

C’est la nuit et le froid refoule les êtres
dans les profondeurs de la caverne
où babille un poupon.

Sa mère, allongée sur du foin sec,
exsude, avec son père,
crainte et vénération.
Deux Trinités
‒ l’une de chair;
l’autre, par ses créatures, subjuguée ‒
marient leur souhait autour d’un berceau
(entre l’homme et la mère, coincé,
entre l’Esprit et le Sans Nom)
sur quoi se projette, immense,
l’ombre d’une potence
travaillée de nodosités :
tronc dressé contre l’horizon,
serpent de bois braqué devant l’enfançon,
et dont les rares éclisses
sustentent un feu chétif.

Dans l’air retentissent des chants,
inouïs jusque-là sur la Terre,
qui réchaufferont les cœurs des disciples
au matin de la Résurrection.

Chacun t’enfante avec la Mère,
chacun que, du deuil, tu libères
au plus tard à la fin de sa vie.

Tu te multiplies dans le temps,
prends successivement tous les visages,
jamais prisonnier d’une image,
jamais d’un désir
si fugace fût-il.

Être est bien l’art auquel tu excelles,
auprès des cœurs de pierre aussi bien
qu’au cœur de l’Amour démuni,
par ta venue rendu tangible.

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