Guerre absurde… pour rien ou presque

« Faire la guerre, ou ne pas la faire, une maudite question! » On n’a pas fini de se poser cette question dans notre monde « civilisé ».

Les êtres humains font la guerre depuis qu’ils ont accédé à l’humanité. Dans la Bible, on parle déjà, au deuxième moment du monde, de Caïn qui tue son frère Abel… pour presque rien. Les animaux s’affrontent périodiquement, ou se dévorent régulièrement en tant que prédateurs, mais jamais ils ne se feront une « Grande Guerre » de quatre ans (1914-1918) ou une autre « Grande Guerre » de six ans (1939-1945). Et on ne parle pas de la guerre de Cent Ans… qui a, en fait, duré 116 ans, de 1337 à 1453. Car une guerre, on sait quand ça commence, mais on ne sait pas quand ça finit, même quand ça semble fini. Pensons à l’Irak.

À ce que l’on connaisse, la guerre est le propre des êtres humains. Et seuls les êtres humains s’entretuent, à ne plus finir. Avez-vous déjà vu un génocide animal? (À moins qu’il ne soit accompli par des êtres humains.) Mais des génocides humains, il y en a eu, et ça ne finit plus. Et la « guerre des dieux » ou « la guerre au nom de Dieu » n’est qu’une illusion ou une projection des pauvres êtres humains, incapables d’assumer leur propre violence, leurs propres meurtres. Car qu’est-ce que la guerre sinon le contexte extrêmement défavorable où des meurtres à outrance sont légitimés, sans loi. Au nom de quelque chose ou de n’importe quoi. Les « lois des mesures de guerre » deviennent en pratique sans aucune mesure. Tout devient démesuré.

Beaucoup d’êtres humains, encore aujourd’hui, se valorisent ou dévalorisent les autres en faisant la guerre. La guerre est une terre de « valeurs ». Beaucoup d’argent est investi dans beaucoup de pays du monde pour fabriquer des armes. Et en particulier dans les pays occidentaux, des pays soi-disant garants de la démocratie et de la liberté. Vive la guerre libre! La guerre du libre marché et de la concurrence. La guerre du libre marché des armes. Est-ce cette liberté que l’on veut? Est-ce cette guerre que l’on veut?

Si l’on calculait l’argent que nous dépensons quotidiennement sur la planète pour l’armement et ses dérivés, nous serions scandalisés – on parle de deux milliards par jour, mais c’est sans doute plus! Nous sommes scandalisés, en effet, mais nous ne savons pas trop pourquoi, la plupart du temps. Nous comprenons mal les jeux complexes de l’économie, en particulier de l’économie guerrière. Shakespeare, par le biais d’Hamlet, disait : « Être, ou ne pas être, c’est là la question! » La nouvelle question est : « Faire la guerre, ou ne pas la faire, une maudite question! » On n’a pas fini de se poser cette question dans notre monde « civilisé ». Notre monde civilisé est guerrier de fond en comble et, souvent, il ne se rend pas compte à quel point il l’est. En tout cas, il refoule son « rendre compte » dans les bas-fonds du pouvoir masqué. Pourtant, l’économie politique est un monde de comptes, mais on nous raconte des contes plutôt que de bien rendre compte. Avons-nous besoin de tant de milliards, qui semblent se multiplier, pour construire nombre d’avions militaires, ici, chez nous? Il est temps qu’on demande des comptes.

Ce qui s’est passé au Japon, récemment – tremblement de terre et tsunami – nous fait prendre conscience du caractère dévastateur de la nature, en certaines circonstances : les forces brutales des éléments naturels peuvent être meurtrières. Et pourtant, le sont-elles plus que les bombes lâchées sur Hiroshima et Nagasaki en 1945? Alors, des êtres humains décidaient de tuer d’autres êtres humains pour, soi-disant, mettre fin à la guerre, pour gagner la guerre. La bombe lâchée sur Hiroshima était surnommée « Little Boy ». Quel lapsus ou quel cynisme! Faire porter sur le dos d’un « petit garçon en forme de bombe » la mort d’au moins 140 000 personnes – 70 000 sur le coup – dont plusieurs « petits garçons réels ». Le président Truman, apprenant la « réussite de l’opération » aurait dit : « C’est le plus grand événement de l’Histoire! » Qui dit mieux!? Je propose la venue au monde d’un « petit garçon » né d’une humble femme, ce fils qu’« elle dépose dans une mangeoire parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans la salle d’hôtes » (Lc 2, 7). Devant cet événement, on chante « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux êtres humains, ses bien-aimés. » (Lc 2, 14) Ce « Little Boy », devenu un grand garçon, aurait dit : « Heureux ceux qui font œuvre de paix, ils seront appelés fils de Dieu. » Ça a l’air d’une histoire de gars, mais on pourrait tout dire ça au féminin, peut-être encore mieux. Car les maudites guerres sont surtout une histoire de gars, hélas!

Guerre et paix, guerre ou paix!? Faire la guerre ou faire la paix? Voilà la question! Elle n’est plus maudite, cette question, mais bénie. Faire la paix, c’est devenir « fils ou fille de Dieu », si je comprends bien. Je sais que ce n’est pas simple au cœur de l’Histoire réelle. Je pense à la Libye, en particulier. Mais là est la grande question de l’humanité : comment vivre ensemble, en paix? Il faut prendre le temps, de temps en temps, de se lever pour questionner et protester. Questionner la guerre, questionner l’économie guerrière. Protester contre la guerre et marcher pour la paix, de différentes façons. Nous l’avons déjà fait, en mars 2003, à l’aube de la « guerre en Irak ». On ne nous a pas entendus, alors. On doit se remettre en marche, en pensées, en paroles et en actes. Au cœur de la guerre, apprendre à faire la paix.

Pour en savoir davantage, consultez le site du collectif Échec à la guerre.

Mots clés :
, , ,