Géométrie, spiritualité et politique

Les mandalas sont des structures circulaires évocatrices dont les propriétés pourraient former le point de départ d’une tout autre conception de soi, du monde et de l’univers.

La plupart du temps, les mandalas de Blanche Paquette se présentent sous la forme d’un cercle ou d’un polygone inscrit dans un cercle. Le cercle constitue donc une des clefs majeures pour les comprendre, d’autant qu’elle-même qualifie sa propre démarche de contribution au « circulisme ».

Du point de vue géométrique, un cercle est une ligne continue fermée tracée sur un plan et dont tous les points se situent à égale distance d’un autre point du plan appelé centre. Continu veut dire qu’il ne faut pas lever le crayon du papier en la traçant. Fermée veut dire que la fin et le début coïncident ou, plus exactement, que n’importe quel point de la circonférence peut servir de début et de fin.

Cette figure possède des propriétés géométriques remarquables qui peuvent guider en partie l’interprétation des mandalas :

  • Le cercle est une structure égalitaire puisque tous ses points sont équidistants du centre. Il n’y a donc aucune hiérarchie de nature entre ces points.
  • Le cercle est fermé en ce sens qu’il découpe dans le plan une frontière entre un intérieur (du côté du centre) et un extérieur (au-delà de la périphérie lorsqu’on vient du centre); le cercle définit donc une sorte d’identité.
  • Le cercle est en même temps ouvert en ce sens qu’entre n’importe quel couple de points de sa périphérie, il est possible d’insérer un nombre infini de nouveaux points; le cercle est donc une structure accueillante : sous réserve qu’un point du plan accepte de se tenir à telle distance du centre, il peut toujours être reçu dans le cercle. Mais cette structure accueillante est aussi très peu contraignante : elle n’emprisonne aucun point puisque, entre deux points quelconques, on peut toujours enlever une infinité d’anciens points sans mettre en péril la dynamique de la ligne circulaire qui, immédiatement, se réajuste!
  • Dans le plan, chaque point périphérique peut devenir à son tour le centre d’un autre cercle. Et réciproquement, le point central d’un cercle peut toujours s’inscrire à titre de point périphérique sur le tracé d’un autre cercle. Ainsi donc, même le centre du cercle n’est pas en soi une position absolue de privilège. La présidence du cercle s’exerce à tour de rôle et chacun peut avoir son tour. Dans le cercle, la hiérarchie est un service fonctionnel, pas un privilège héréditaire intemporel.
  • Entre le centre et chacun des points périphériques, on peut tracer le rayon. Ce segment de droite symbolise la loi d’appartenance au cercle (se tenir à la même distance du centre que tous les autres points du cercle). Tout rayon peut être parcouru dans les deux sens : centripète lorsqu’il conduit de la périphérie vers le centre, centrifuge dans le cas contraire. Un cercle est donc une structure qui symbolise à la fois la concentration (centripète) et le rayonnement (centrifuge).

Telles sont les principales clefs géométriques à l’aide desquelles on peut ouvrir la porte des mandalas à l’interprétation des lecteurs. Examiner à la loupe les multiples interrelations entre les différents plans et éléments constitutifs d’un mandala de Blanche est certainement une méthode de méditation qui aidera le lecteur à se concentrer sur soi en rassemblant tous les points de sa périphérie sous le rayonnement de son propre centre vital, en même temps qu’à diffuser dans tout l’Univers la parcelle d’énergie vitale dont il est porteur.

Ces clefs indiquent assurément dans quelle direction à la fois spirituelle et politique travaille Blanche Paquette. Le « circulisme » qui lui tient tant à cœur est une façon de vivre ensemble qui incarne les propriétés manifestées par le cercle. Le « circulisme » est une façon de « faire société » qui combine :

  • La conscience d’un projet identitaire : « Nous nous rassemblons en vue de… »
  • La pratique d’une hiérarchie fonctionnelle à l’exclusion de toute hiérarchie fondée sur l’hérédité ou la nature.
  • La plus grande ouverture aux entrées et sorties des membres qui jamais n’affectent l’ensemble auquel tous cependant contribuent.
  • La force d’un rayonnement fondé sur la concentration et d’une méditation recueillant les effets de ce rayonnement.

Bref, les mandalas de Blanche Paquette sont tout à la fois des œuvres d’art somptueuses, d’exceptionnels soutiens à la méditation nourrissant la croissance personnelle et d’inestimables outils politiques.

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