Faire confiance à sa créativité

Peut-on renouveler l'iconographie? Centrée sur la personne du Christ et mariant habilement pages bibliques, matériaux naturels, événements et parcours personnels, Magdalie Nadeau y parvient, à sa façon.

« Je voulais peindre des icônes à la manière orthodoxe. J’étais attirée par la mise en lumière et le processus de création qui était long et mûri. Il m’était impossible de prendre des cours. De plus, en dedans de moi, ça me disait de faire confiance à ma créativité. »

C’est ainsi que Magdalie Nadeau raconte les débuts d’une aventure spirituelle qui l’a conduite à la contemplation du Christ œuvrant au cœur des personnes et des événements. Elle a été amenée à composer des tableaux iconographiques. Ceux-ci se distancient de l’art habituel par les éléments qui composent l’œuvre, mais la manière de créer s’inscrit sur les traces des règles de l’iconographie traditionnelle. Cette mère de quatre enfants a reçu une formation comme accompagnatrice spirituelle au Centre de spiritualité Manrèse, à Québec, selon la pédagogie de saint Ignace de Loyola. Avec son mari, elle a ouvert la Maison du Pèlerin d’Art-vida, au Saguenay, une maison-gîte de ressourcement à caractère créatif. Au cœur de la ville, cette maison d’accompagnement spirituel offre des parcours de cheminement qui allient spiritualité et créativité.

« Quand sa Parole passe par mon intérieur, mes doigts deviennent alors cocréateurs. Maintenant, observe le processus, chemin de dépouillement, car c’est Dieu qui fait croître amoureusement. » Magdalie Nadeau

Magdalie a été fortement touchée par la méthode ignacienne de contemplation des récits bibliques. Cette manière d’entrer par l’imagination et par tous les sens dans une scène biblique a imprégné en elle des images fortes tirées de la Bible. Nourrie de son désir de peindre des icônes, elle a commencé à mettre sur toile ce qu’elle voyait dans ses méditations. Elle a développé un médium unique, celui de travailler avec les pages mêmes de la Bible. Au début, elle craignait que des personnes ne soient choquées ou scandalisées par l’utilisation de ces pages comme matériau de ses tableaux. Mais l’appel était plus fort que la peur. Il lui fallait étaler ces pages sur les toiles afin de les laisser exprimer leurs messages dans la matière.

Pour chaque œuvre, elle prie, médite un texte biblique, l’approfondit par des recherches exégétiques et le porte intérieurement dans sa vie. Ensuite, elle retire ces pages du livre pour les façonner, les placer et les coller sur la toile selon l’inspiration.

Parfois, c’est le texte lui-même qui déclenche le mouvement de création; parfois, elle crée un tableau destiné à une personne précise. D’autres fois, c’est une image, un événement de la vie ou une valeur à creuser qui sert de point de départ. Mais chaque tableau vise d’abord à mettre le fruit de ce que la parole de Dieu produit dans sa vie intérieure et son cheminement spirituel.

« Tu es béni, Dieu de la Création, Toi qui me donnes ces pages, ces feuilles, fruit de l’arbre et du travail des humains. Je te les présente, elles deviendront nourriture pour la vie intérieure. » Magdalie Nadeau

Quand on regarde la toile, ce qui frappe en premier, toujours, c’est le centre, le Christ. Sous diverses formes, tantôt très explicitement, tantôt plus voilé ou symboliquement représenté, le Ressuscité occupe l’espace au cœur du monde. Ensuite, tout autour, un collage d’images reflète le thème. Alliées au Christ, ces gravures parlent de la Présence dans le quotidien des jours, dans la vie entière. Christ se situe au milieu de ce qui nous arrive et de ce qui nous pousse à aller plus loin. Des couleurs d’acrylique, d’huile et des pigments d’ocre purs minutieusement ajoutés vivifient la toile. Des graines, des coquilles d’œufs, de la terre et du sable donnent du relief à son ouvrage et témoignent du fait que tout ce qui existe peut servir à rendre actuel et concret ce qui est révélé dans le texte. L’image conduit à rendre visible ce qui l’habite intérieurement.

S’incruste alors de plus en plus en elle cette certitude : « Tout peut concourir à ce que Dieu devienne présent à travers ce que je crée. Au départ, je ne sais jamais vraiment où je m’en vais. Mais quand j’ai terminé, je constate toute la richesse de ce qui m’a été donné pendant que je travaillais dans la fidélité à ce qui m’était inspiré intérieurement, même dans ce qui ne paraissait pas avoir de sens. Quelque chose me dépasse : je prie pour que Dieu passe par mes mains et mon cœur pour parler à la personne qui regardera le tableau. Je suis consciente de contribuer à cette œuvre qui n’est pas totalement de moi. Cela me demande un abandon de ce que je veux, moi. Il faut beaucoup de lâcher-prise. Mais j’aime ne pas savoir où je m’en vais, j’ai confiance qu’il y aura quelque chose au bout. »

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