Être attentif aux passages de Dieu/e aujourd’hui

L'Esprit souffle où il veut et il multiplie les appels dans le cœur de bien des femmes. Une théologienne en a été témoin maintes fois et nous invite à ne pas avoir peur de le suivre.

« L’appel de Dieu n’est arrêté par aucune frontière » affirme Jocelyne Hudon, qui porte viscéralement, depuis plusieurs années, cette interpellation du Christ à le suivre de façon particulière comme prêtre. D’autres, comme elle, portent un tel appel et s’expriment de façon semblable : « Pourquoi l’Esprit Saint n’appellerait-il pas des femmes?1 » Un appel qui dure depuis tant d’années, chez Jocelyne et chez tant d’autres que je connais personnellement, n’est pas le fruit d’une impulsion passagère. Cet appel au presbytérat ou au diaconat est bien réel et il est confirmé par les communautés dans lesquelles elles sont engagées. Cet appel à suivre le Christ de façon particulière les tire en avant vers les autres, particulièrement les plus petits, comme le rappelle Jocelyne en évoquant sa démarche d’inscription au programme d’études en éducation spécialisée. Après avoir écouté les récits de tels appels, je ne doute plus qu’ils soient des signes du passage de Dieu/e.

L’Esprit de Dieu/e pousse en avant. Parfois il s’agit d’un souffle ténu, d’une brise légère, parfois d’un vent plus violent, mais il souffle toujours actuellement. Et c’est la mission de l’Église d’être sensible à ce souffle et de lui faciliter le passage.

En ce qui concerne la reconnaissance des femmes comme des personnes et des baptisées à part entière, plusieurs pas importants ont été franchis au XXe siècle. J’aimerais attirer votre attention sur certaines paroles des papes Jean XXIII et Jean-Paul Ier.

Jean XXIII nous invitait à être attentifs aux passages de Dieu/e dans notre société. Il présentait même l’entrée des femmes dans la vie publique comme un signe des temps2. Et il invitait les humains à leur donner une place réelle dans la société. C’était la première fois qu’un pape avait un discours aussi progressiste concernant les femmes : il apportait l’espérance que se vive, au fil des ans, un partenariat réel hommes-femmes dans toutes les sphères de la société, Église y compris. Des chrétiennes engagées en Église pouvaient espérer devenir des partenaires à part égale dans la mission confiée par Jésus. Celles qui se sentaient appelées à devenir prêtres ou diacres pouvaient anticiper la concrétisation de leur espoir. Après toutes ces années d’attente et le verrouillage de nombreuses portes institutionnelles, un tel espoir semble maintenant vain aux yeux de plusieurs. Toutefois, malgré toutes ces tentatives d’étouffement, la question resurgit toujours. Elle réapparaît là où on ne l’attendait pas, parfois même par la voix de personnes perçues comme plus conservatrices. Il est possible de lire, dans le surgissement fréquent de la question de l’ordination des femmes, un signe des temps. L’Esprit parle; saurons-nous l’écouter? Peut-être devrions-nous tourner nos regards vers les petites pousses d’espérance qui surgissent ça et là et, malgré la noirceur apparente, continuer à dire haut et fort nos convictions.

Jean Paul Ier, le « pape au sourire » comme on le surnommait, a montré lui aussi l’inédit que l’accueil de l’Esprit peut provoquer. Il a enrichi notre façon de dire Dieu/e. Au début de son court pontificat, devant la foule rassemblée pour l’angélus, il s’est permis d’évoquer Dieu/e en ces termes : « Il est notre père; plus encore, il est notre mère3. » Cette intégration de la paternité et de la maternité de notre Dieu/e dans notre vocabulaire ne pourra qu’aider à ouvrir la compréhension de l’homme et de la femme comme d’authentiques images de Dieu/e et permettre l’ouverture à tous les ministères ecclésiaux pour les femmes, filles de Dieu/e à part entière.

L’Église devrait jouer un rôle de locomotive en ce qui concerne la reconnaissance réelle de l’égalité des hommes et des femmes. Pas seulement en paroles, mais en actes. L’ouverture à tous les niveaux de responsabilité dans l’Église doit demeurer au cœur des champs de préoccupations et d’actions de l’institution ecclésiale. Il y va de sa crédibilité à annoncer un Évangile de justice, de respect et d’amour.

Il est important, comme croyantes et croyants, de continuer à porter cette question qui est dans l’esprit même de l’Évangile. Aller de l’avant, interpeller les autres chrétiens et chrétiennes et les responsables ecclésiaux fait partie de nos responsabilités. C’est une façon de donner des mains et des pieds à l’Esprit de Jésus toujours actif aujourd’hui. « N’ayez pas peur »… Le travail sur l’ouverture faite aux femmes dans l’institution doit continuer. Cette révolution apporterait du sang neuf à notre Église et permettrait de mieux voir et articuler le message de Jésus Christ pour aujourd’hui.

1. Pauline JACOB, Appelées aux ministères ordonnés, Ottawa, Novalis, 2007, p. 53.

2. Jean XXIII, L’encyclique Pacem in terris, Montréal, Les Éditions du Jour, 1963, p. 58.

3. Traduction de l’auteure. Texte original : « He is our father; even more he is our mother », tiré de Jean Paul Ier, « Angelus : Sunday, 10 September 1978 », Le Saint-Siège [en ligne] (Page consultée le 2 mars 2009). www.vatican.va/holy_father/john_paul_i/angelus/index.htm

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