Étrangers de passage

Il y a de plus en plus de travailleurs étrangers de passage au Québec. Une histoire d’accueil chaleureux au pays où il fait 40 degrés.

Dans un village d’une région éloignée du Québec vivent temporairement (pendant environ deux ans), loin de leur famille, plusieurs travailleurs étrangers sur les 340 000 que comptait le Canada en 2012. Ils y sont par besoin d’argent et pour chercher une route d’avenir. Ils sont « visibles » à leur parler et à leur teint. Ils sentent bien les regards obliques des résidants locaux. Il leur est difficile de trouver un logement. Un deux pièces et demie loué comme un trois pièces et demie se paie 750 $ par mois! Ils ne s’attendaient pas à travailler si loin des grands centres urbains et, surtout, à expérimenter des températures de 30 à 40 degrés Celsius au-dessous de zéro en hiver.

Une agente de pastorale qui demeure dans ce village depuis longtemps, et donc qui connaît bien son monde, en a remarqué sept venant du Maroc qui travaillaient au même endroit. Elle a pris l’initiative de la conversation, avec son sourire chaleureux, pour les connaître davantage. Au fil des rencontres, la confiance a grandi et l’amitié s’est développée. Un jour, cette femme et son époux ont eu l’audace de les inviter tous à un repas festif chez eux. Ils y ont participé avec grande joie, sauf un qui devait être au travail ce soir-là. Comme ils étaient musulmans pratiquants, les échanges portèrent aussi sur la foi, la prière, la Bible et le Coran, en toute franchise et en toute simplicité. Lorsque ce fut la fête des moutons, notre « messagère de paix » alla leur offrir chacun un mouton dessiné sur carton pour souligner l’événement. Ils n’en revenaient pas. Depuis ces événements, il fait moins froid l’hiver dans ce patelin reculé.

Lorsqu’un des travailleurs décida de partir avant la fin de son contrat parce qu’il en avait assez, notre bonne samaritaine fit jouer ses relations montréalaises pour qu’il puisse économiser deux couchers et visiter un peu cette métropole étrangère. C’est ainsi qu’il fut hébergé dans une communauté religieuse et profita d’une visite guidée répartie sur deux jours. Son guide chrétien alla prier avec lui à la mosquée Al Ummah Islamiah (sunnite) du centre-ville. Montréal en compte une soixantaine. Il n’en revenait pas de l’accueil. Il fut accompagné jusqu’à l’aéroport avec ses lourds bagages. Repas, partages plus personnels, remerciements bien sentis, accolades émouvantes. Avant de le quitter, il dit à son guide étranger : « Tu ressembles à mon père. Tu es bon comme lui. »

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