Du moment où l’Alléluia est pertinent

Parole à Lise Baroni Dansereau : « Aucune, absolument aucune souffrance ne réjouit le cœur du Dieu de Jésus, même si à nos yeux d’humains vindicatifs elles apparaissent méritées. » Extrait du livre de Michel Dansereau.

Une vieille légende juive […] rèvèle […] comment la tendresse de Dieu dépasse infiniment nos valeurs, nos morales, nos codifications, y compris religieuses : au moment où les chars égyptiens qui poursuivent les juifs s’enlisent dans les flots, les anges se mettent à danser et à chanter alléluia. Dieu en colère s’écrit : « Des êtres humains que j’ai créés sont en train de périr et vous vous réjouissez! »1

Aucune, absolument aucune souffrance ne réjouit le cœur du Dieu de Jésus, même si à nos yeux d’humains vindicatifs elles apparaissent méritées. Imaginez alors ce qu’il en est de la douleur de l’innocent, de l’exclu, du pauvre, de la femme humiliée, dépouillée, mise de coté? L’offense est à son comble, et alors aucune communauté eucharistique ne peut, en vérité, faire mémoire de Jésus sans, comme lui, aller au coin des rues, soigner, soulager et convoquer au festin ceux et celles qui n’ont rien à se mettre sous la dent. Le partage de la nourriture avec les affamés-de-toutes-les-faims et le partage du pain eucharistique participent au même mouvement évangélique de libération. C’est lorsque se réalise dans la vie quotidienne d’un milieu une bonne nouvelle longtemps attendue que l’eucharistie (littéralement « l’action de grâce ») trouve son sens plénier. C’est seulement par la suite qu’il est signifiant de se retrouver autour du rite pour revivre et célébrer, avec et devant Dieu, le moment où la mort s’est changée en vie.

Lise Baroni-Dansereau

Tiré de : Michel Dansereau, Dieu à travers mes âges, Montréal, Novalis, 2012, p. 195

1. Ajout du titre et adaptation du premier paragraphe par Michel-M. Campbell pour raisons éditoriales.

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