Dieu nous parle par les autres

Avoir à cacher sa véritable identité. Souffrir de ne pas se sentir accepté par les autres, d’être mis de côté à cause de sa différence. Et un jour, enfin, se sentir béni... Un témoignage éloquent d’Yves Côté.

Du plus loin qu’il me soit possible de me souvenir, j’ai toujours pensé que j’étais différent. Alors que l’enfance et l’adolescence sont supposées être les plus belles années dans la vie de l’être humain, j’ai, quant à moi, tout fait pour tenter d’oublier ces années tellement j’ai souffert. Souffert d’être traité de tous les noms, souffert d’être laissé de côté par tous les garçons de mon âge, mais surtout d’avoir toujours été obligé de cacher ma véritable identité. À l’aube de la vingtaine, alors que je roulais en auto sans but, j’entendis une chanson de Charles Aznavour qui allait changer ma vie. Une toute petite phrase en fait.

Nul n’a le droit en vérité / De me blâmer de me juger /
Et je précise / Que c’est bien la nature qui /
Est seule responsable si / Je suis un homo /
Comme ils disent.

Je me souviens avoir stationné mon auto en bordure de la route et avoir pleuré jusqu’à plus de larmes. Je venais de prendre conscience que, non seulement je n’étais pas différent, mais que c’était mon orientation sexuelle qui, elle, différait de celle de la majorité; et en plus, je n’y étais pour rien.

Quelques années plus tard, alors que nous discutions entre amis, l’un d’eux prétendit que j’étais une erreur de Dieu. Parmi toutes les injures que l’on m’avait faites, celle-là fut pour moi la pire. Je cherchais un refuge quelconque lorsque j’entendis sonner les cloches de Saint-Pierre-Apôtre. Je m’y suis dirigé et y suis entré au moment où le prêtre disait dans son homélie :

« J’ai accepté d’être le pasteur de cette paroisse à condition que les portes de cette église puissent être ouvertes à toute personne désireuse d’y vivre sa foi, et ce, peu importe son orientation sexuelle. »

Ce jour-là, j’ai eu la conviction que Dieu me parlait à travers le père Claude Saint-Laurent. Ce jour-là, j’ai compris que j’étais un fils de Dieu à part entière et que quiconque prétendait le contraire faisait une offense grave à Dieu.

Yves Côté

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