Devenir Parole, un long apprentissage

Par sa nature même, le récitatif ne deviendra jamais une mode. Il forme lentement et solidement le disciple et l’enracine dans une tradition biblique intégrée de manière très moderne.

Avec la fin d’un régime confessionnel dans les écoles et l’exploration de diverses avenues dans les églises, on a vu se succéder une bonne quinzaine d’approches catéchétiques au fil des 40 dernières années au Québec. Le Québec d’après-Vatican II a été un formidable laboratoire, à la croisée des modes éducatives, des slogans religieux et des approches pastorales innovatrices. Le récitatif biblique – et en particulier la mouvance creusée dans le sillon de Louise Bisson – s’est développé avec constance et à contre-courant, avec un certain succès.

Le disciple bien « nourri »

L’approche est holistique. Le récitatif met en mouvement tout l’être : intelligence, affectivité, cœur biblique (ou mémoire) et… corps. On ne parle plus seulement d’une formation intellectuelle, mais bien d’une formation globale où le chrétien tout entier est pris en compte, intégré et nourri. Peu d’approches font cela. Il s’agit d’une véritable « incarnation » de la Parole, ce qui constitue véritablement un exploit.

Et il faut se l’avouer : comme Église, au Québec, nous propageons souvent des approches « fastfood » voulant produire des résultats immédiats… pas toujours satisfaisants. On se contente de peu. Qu’une nouvelle approche promette un peu de succès… elle devient la mode pendant 3 à 5 ans, souvent sans évaluation de ce qui se trouvait de bon dans la précédente, et sans ajustement.

Pour reprendre l’image de la nourriture, le récitatif est une nourriture saine, de qualité, qui construit un corps en santé. Son défaut? Elle ne se présente pas sous un emballage spectaculaire, pompé de couleurs aguichantes. Et surtout, surtout… elle prend du temps.

Le témoin « rayonnant »

D’un point de vue catéchétique, la particularité du récitatif, c’est qu’il reprend le schéma ancien maître-disciples que d’aucuns considèrent comme inopérant ou inintéressant. Dans le domaine de la foi, ou de la croissance humaine en général, cela m’apparaît comme une ineptie, mais j’imagine que je ne suis pas « à la mode ».

Le récitatif est à la fois ancien et moderne. Le premier apprenant, c’est l’adulte qui littéralement doit être disciple d’un autre avant de devenir maître. Mais cette transmission ne se fait pas à la va-comme- je-te-pousse : l’adulte transmetteur a dû accueillir avec profondeur ce qu’il transmet. Il doit être témoin incarné de la Parole avant d’en être le propagateur. Un catéchète qui n’est pas d’abord un témoin transmet très peu… sinon rien.

Bien plus encore, l’apprenant – adulte ou enfant – est mis profondément en contact avec le texte. Il est disciple pendant qu’il apprend le texte, mais il se manifeste comme membre de l’Église active et en mouvement quand il réagit au texte. Ce que le texte produit en lui ou en elle enrichit le « corps vivant » du Christ. C’est ce qu’on appelle, par ailleurs, « transmettre un feu ».

L’Église underground et résistante

On doit reconnaître qu’il y a peu de chance que l’approche spécifique du récitatif devienne la nouvelle mode, tant avec les adultes qu’avec les enfants. Elle demande trop d’énergie et trop de temps pour cette époque troublée. On tire souvent n’importe où et n’importe comment. Une approche à ce point orientée tant sur le plan humain que psychospirituel ne fera pas la manchette, non plus qu’elle attirera des foules d’apprenants. La mouvance du récitatif biblique sera un courant souterrain marginal dans l’Église. Elle aura ses pointes de « célébrité » où pour un temps elle fera mode; mais succès populaire ou non, elle continuera sa lente et patiente progression.

Par ailleurs, la fidélité des anciens, la constance affichée par les apprenants de longue date, le rayonnement impossible à mesurer de chacun des textes permettent d’avancer que le récitatif est une approche corporo-psycho-spirituelle qui est là pour rester. Ceux qui ont bu à ce puits sans fond ne céderont pas au découragement ou au « spleen » qui se dégagent bien souvent des assemblées ecclésiales ou pastorales. Et pour cause, ils savent pertinemment que la Parole, en eux et autour d’eux, est encore parfaitement vivante et actuelle. Dans les bouleversements actuels, ils forment un impressionnant bataillon de résistance tranquille.

Voir le site des Franciscains du Canada : www.ofm-canada.org/fra/actualite/2006/galerie.htm.

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