Désarmé comme l’Enfant de Noël

L’équipe éditoriale du journal a vu Des hommes et des dieux, ce film français attendu, qui sort sur nos écrans le 25 février prochain. Réflexion sur la radicalité de la foi chrétienne et la fraternité qui lie les êtres humains...

 

Non balisé par l’institution, le sentier multiplie formes et émotions : du tracé sécuritaire, battu à travers champs, au raccourci dessiné sur le gazon d’un parterre, en passant par ce chemin improvisé pour se sortir d’un espace où l’on se sent perdu. À compter du 25 février prochain, des milliers de gens d’ici fréquenteront au cinéma un court sentier qui les conduira à la radicalité de la foi chrétienne : le film Des hommes et des dieux1, qui relate l’expérience vécue dans les années 1990 par des moines de Tibhirine, en Algérie.

Voilà une petite communauté à faire rêver les enfants de Jean XXIII. Ancrée dans la liturgie des psaumes, cette communauté monastique vit en étroite relation avec le village musulman qui l’entoure : un frère soigne les villageois, et les moines participent au fêtes religieuses des familles. À l’interne, les moines fonctionnent de façon démocratique.

Un contexte cauchemardesque cependant s’y déploie. Si les villageois se sentent protégés par la présence des moines, les terroristes qui hantent la région, tout comme l’État, voudraient bien s’en débarrasser. Les chrétiens et chrétiennes plus ou moins confortables que souvent nous sommes accèdent alors au tiraillement de ces hommes simples et attachants : faut-il sauver sa vie ou continuer à être présence du Christ, même sous des menaces de mort? On sait la suite : l’enlèvement et la mort de sept moines…

D’aucuns déjà leur contestent le titre de martyrs (du grec : témoins) parce que, techniquement, on ne sait pas s’ils ont été tués en refusant d’abjurer un article de foi. Écoutons cependant le discours spirituel du prieur Christian de Chergé : « Dans un contexte saturé de violence, il s’agit de vivre désarmé comme l’Enfant de Noël. » On pourra alors comprendre que leur vie de foi charitable en a fait des martyrs – des témoins – espérants de la Béatitude paradoxale : « Bienheureux les doux, ils auront la terre en partage2. »

Un film qui bouscule nos zones de confort. À ne pas manquer.

1. Récipiendaire, en particulier, du Grand Prix du festival de Cannes 2010 et du Prix du jury œcuménique, ce film de Xavier Beauvois a déjà été vu par 3 millions de personnes en France.

2. Mt 5, 3.

Pour aller plus loin

On peut aussi lire Les moines de Tibhirine, l’enquête de l’historien américain de John Kiser (Nouvelle Cité, 2010) qui permet de saisir la complexité du monde musulman et d’approfondir la démarche des moines.

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