Des religions pour la paix

Tout un branle-bas de paix au Palais des congrès de Montréal où des représentants de diverses religions du monde mettent en commun leur vision de la paix.

La Deuxième conférence mondiale sur les religions du monde après le 11 septembre 2001 a eu lieu à Montréal même, le 7 septembre dernier, au Palais des congrès. L’orateur principal de cet événement parrainé par l’Université McGill, l’Université de Montréal et le Centre canadien d’œcuménisme a été Sa Sainteté le Dalaï-lama.

En après-midi, nous avons eu droit à une table ronde relevée composée de Deepak Chopra, médecin et auteur indien bien connu, et des professeurs Tariq Ramadan de France, Robert Truman des États-Unis et Gregory Baum du Québec et du swâmi hindou Dayananda Saraswati. On y aura entendu parler tant de transcendance, de justice, d’amour, de beauté, de mutualité que de l’obligation d’ouvrir ses yeux, ses oreilles et son esprit à l’Autre (Chopra), du monopole du langage souvent obstacle à la paix (Baum), du respect de l’environnement qui est respect et dignité de soi, de la question du pluralisme religieux comme voulue ou non par Dieu (Truman), d’islam comme soumission (Ramadan), de responsabilités individuelle et collective, du dialogue nécessaire entre les religions et les autres champs philosophiques pour une Paix véritablement universelle (Saraswati), de l’autocritique dont ne sont pas friandes les religions, et du rôle des médias dans la « mauvaise image » des religions dans le public ou encore des « médias sociaux » comme nouvelle religion. Tout de même, Tariq Ramadan avouera, au nom de tous, qu’« on ne peut pas parler de paix, si on ne parle pas aussi de violence ».

Mais parmi toutes ces sommités mondiales, c’est sans doute Jean-Claude Breton, doyen de la Faculté de théologie et des sciences des religions de l’Université de Montréal, qui a lancé les questions les plus pertinentes dans sa courte allocution d’ouverture : que dire de la « prétention » religieuse de nombreux conflits dans le monde? Comment se fait-il que le fait religieux peut parfois être si menaçant pour le bien-être de l’humanité? Comment peut-il provoquer tant de paranoïa et d’insécurité?

Car je ne saurais énumérer le nombre de paradoxes qu’un esprit critique aurait pu noter : toute une journée à parler de paix et de bonne entente entre les religions dans un décor de carton-pâte et de plantes artificielles! Une table ronde, animée par un modérateur, composée uniquement d’hommes d’un certain âge; la sagesse aurait-elle un sexe? Un animateur unilingue anglophone qui doit se faire traduire les questions du public par Gregory Baum lui-même, qui aura été le seul orateur à faire sa présentation en français; même Tariq Ramadan s’adressera à l’auditoire en anglais. Ce n’est que vers 14 h 30 qu’il aura été – enfin – fait mention des attentats du 11 septembre 2001, raison première de l’événement. Sans oublier le prix exorbitant des places (jusqu’à 300 $) qui rendait l’événement inaccessible à la majorité des personnes intéressées par le sujet.

Enfin, pour ce qui est du Dalaï-lama, malgré son irrésistible sens de l’humour et son charisme indéniable, son propos demeure, somme toute, peu novateur et peu provocateur. Petite parenthèse : il parle du christianisme comme s’il était homogène et monolithique, comme si nous ne tenions pas compte de notre côté que le bouddhisme (ou l’islam, ou le judaïsme) se divise en plusieurs écoles. « La science seule n’apporte par le bonheur », souligne-t-il avec un large sourire. Mais ça, on le savait déjà. En quoi l’affirmer de nouveau contribue-t-il à la paix dans le monde? Ou encore en quoi cela contribue-t-il à la libération du peuple tibétain?

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