Des enfants pleins de Dieu

Qu’a-t-on à apprendre des enfants aujourd’hui? Qui considère vraiment dans notre monde ce qu’ils peuvent nous enseigner, à nous, adultes, qui pensons savoir? Quels sont les élans spirituels naturels qui les habitent?

Nous comprendrons mieux ce qu’est l’éveil spirituel des enfants quand nous réaliserons qu’ils nous éveillent, alors que nous avons la prétention de les éveiller. Dans cet esprit, je médite deux textes évangéliques : « Si vous ne devenez semblables à de petits enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux » (Mt 18, 3) et « Laissez venir à moi les petits enfants. » (Mt 19, 14) Je suis bouleversé et pris au dépourvu. Je sais concrètement ce que sont les enfants, petits ou grands, et j’ai pu constater qu’ils sont habités de plus loin que moi.

La définition classique de l’enfant – in-fans – laisse entendre qu’il est sans pensée et sans parole. C’est l’une des plus grandes erreurs de l’histoire humaine. En fait, l’enfant, même petit, sent, pense et croit l’essentiel. Il sait déjà que le plus important est d’avoir confiance en la vie, d’être aimé et de sentir que sa vie a de l’avenir. Il porte déjà les trois vertus théologales : la foi-confiance, la charité-amour et l’espérance-espoir. Cet enfant est plein de Dieu. Le baptême ne dit pas autre chose. Tu es plongé dans la vie jusqu’à la mort, et tu en surgis, malgré tout. Et la confirmation ajoute : ce jeune qui est rempli d’Esprit saint, de souffle et de vie vaut infiniment, malgré tout et avec tout. C’est ce sur quoi on doit tabler pour l’éveil spirituel des jeunes. Il faut leur permettre de découvrir ce qui les habite. C’est ce que fait Danielle Savard. C’est à cela que nous convoquent les textes évangéliques.

Devenir semblables à de petits enfants, ce n’est pas redevenir sans pensée et sans parole, bêtement enfantins. Trop d’adultes le croient. Il s’agit plutôt de retrouver la fraîcheur des premiers sentiments, des premières sensations, pensées et amours : la Vie est bonne et il y a de l’avenir. Le monde est habité aimablement, amoureusement. Voilà « normalement » ce qu’éprouve ou devrait éprouver un enfant qui arrive en ce monde et qui y fait ses premiers pas. Mais on sait très bien que la normalité est pleine d’exceptions. Redevenir semblables à de petits enfants, c’est revenir à l’essentiel, c’est retrouver profondément les vertus théologales qui les habitent : confiance en la vie, amour de la vie et espérance en la vie. À moins qu’on ait déprécié ou détérioré ces enfants! Le monde est plein d’abus et d’agressions d’enfants, sous toutes ses formes : un grand péché, en termes théologiques. Un grand crime, en termes sociaux et légaux. Une grande blessure d’humanité qui appelle une grande rédemption, une grande guérison.

Après, la vie consistera en partie à permettre à des enfants de retrouver ce qu’accomplit Danielle Savard : l’éveil spirituel des enfants et des jeunes. Bien sûr, il serait préférable que ceux-ci n’aient pas besoin de guérison ou de rédemption. La vie est bonne en soi, mais l’expérience nous apprend que le « malaise » est souvent au rendez-vous. Je n’ai pas rencontré beaucoup d’enfants qui n’ont jamais éprouvé de malaise, même s’il n’est pas tragique. Toujours quelque chose à guérir, à apprendre et à réappendre. La vie est en avant : c’est le grand défi! Ne pas trop s’enfarger dans le passé et regarder résolument en avant, enraciné dans le présent. Les enfants sont les champions du présent tourné vers l’avenir. C’est peut-être pour cela que Jésus dit : « Laissez venir à moi les petits enfants » et « Si vous ne devenez semblables à [eux], vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux », qui est, par définition, le Présent tourné vers l’Avenir. Jésus avait peut-être besoin de l’espérance des petits enfants pour poursuivre son chemin à travers la mort et pour la vie.

Oui, les enfants nous précèdent dans l’éveil parce qu’ils sont constamment éveillés, à leur façon. « Je dors, mais mon cœur veille », pourrait-on répondre. Et ils rétorqueront : « Tu dors et je te réveille. Sois présent, regarde, essaie de comprendre ce qui s’en vient. Quand tu auras un peu compris, fais-moi signe. » J’ai fréquenté un petit enfant récemment. C’est ce qu’il m’a dit avec ses mots nouvellement appris. Il aura bientôt trois ans. Il m’a réappris l’enthousiasme. Quand un petit-fils réapprend l’enthousiasme à son grand-père, le monde est en voie de salut. En grec, l’enthousiaste est un être habité par le divin. Je sais d’expérience que mon petit-fils est plein de « Dieu », si « Dieu » veut dire : Vie, Amour, Avenir, Présent-à-venir. Or je le crois, ce petit enthousiaste de William! Guérir le malaise et laisser jaillir la vie, voilà le défi! Le grand défi de l’éveil spirituel des enfants, petits ou grands.

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