Des chemins de libération très actuels

La compagnie des philosophes, un organisme qui s’est fixé pour objectif d’éduquer à l’approche philosophique comme instrument de réalisation personnelle, a conclu sa saison en beauté, en invitant le philosophe et romancier, Jean Bédard. C’est dans le cadre d’un Dimanche de philo, tenu à la Maison Gisèle-Auprix-Saint-Germain, dans le Vieux-Longueuil, le 20 mai dernier, que cet auteur a présenté le message véhiculé par ses derniers livres, Marguerite Porète L’inspiration de Maître Eckhart et Professeurs d’espérance.

Au début de sa communication, Jean Bédard insiste sur l’œuvre de celle qu’il nomme la première philosophe de la liberté, Marguerite Porète. Cette femme incomparable sur les plans intellectuel et spirituel était membre des Béguines, un mouvement féminin visant l’autonomie des femmes et l’équité sous tous les rapports. Il expose avec justesse les quatre chemins ouverts par cette grande dame. Le premier : libérer les femmes de leur soumission en leur enseignant à penser et à développer leur propre spiritualité. Le second: libérer le désir du vouloir en étant à l’écoute de celui-ci pour mieux l’exprimer au moment d’établir des relations. Son troisième chemin: libérer les pauvres de la honte en établissant des rapports de valorisation entre les individus. Et finalement : libérer la nature du mépris par l’apprentissage de la réalisation de soi sans malveillance envers quiconque.

Lors de cette conférence, Bédard laisse entendre clairement que Marguerite Porète nous invite tous, hommes et femmes, à emprunter ces quatre routes vers la liberté. Afin de parvenir à cette libération, il faut cultiver cet esprit de démocratie; en effet, non seulement faut-il s’opposer au mépris sous toutes ses formes, mais il est impératif de rapatrier son autorité à l’intérieur de soi, d’échapper aux forces sociales et de s’affirmer en maître, auteur et créateur de sa propre existence afin de devenir un authentique citoyen actif. C’est dans cet esprit que Marguerite Porète et les Béguines ont constitué et organisé les premiers refuges pour femmes et qu’elles ont pensé et développé une nouvelle économie pour les hôpitaux.

Au XIIIe siècle, une femme de lettres mystique allait combattre pour la liberté, celle des femmes et des pauvres. Sans hésitation, elle s’opposait aux mépris associés à la misogynie. Féministe de son époque, elle fut condamnée par l’Inquisition et brûlée vive avec ses écrits en 1310. Marguerite Porète allait devenir l’inspiratrice des professeurs d’espérance.

Au dernier volet de sa conférence, afin d’attester de la valeur des concepts déjà avancés, Jean Bédard présente ceux que la pensée de Marguerite Porète a inspiré: les professeurs d’espérance, avec à leur tête Maître Eckhart, le mystique, Nicolas de Cues, l’homme de paix, et Comenius avec l’éducation comme fondement de la démocratie. Le message de ces trois personnages démontre également l’importance capitale du « rapatriement » vers soi de son autorité personnelle et de l’opposition essentielle aux mépris pour se réaliser. Bédard expose brièvement l’idée que, chez Maître Eckhart, le mal s’avère une tentative de domination, alors que la créativité, exigeant la fidélité à soi, aux autres et à la totalité, confirme cette nécessité de s’opposer au mépris. Ce raisonnement de Marguerite Porète prend une valeur significative pour Nicolas de Cues lorsqu’il avance l’idée que la création l’emporte sur la connaissance. Et on ne peut nier l’importance d’être sa propre autorité pour être citoyen efficace agissant dans la démocratie universelle basée sur la justice sociale de Comenius.

En terminant, je souhaiterais vous entretenir de l’auteur, Jean Bédard, qui nous présenta avec rigueur le contenu de ses deux ouvrages, en nous entretenant de philosophes d’autres époques comme s’il s’agissait de penseurs contemporains. On ne peut ignorer que le message de notre invité est bien actuel et qu’il rejoint des problématiques que rencontrent les femmes de notre époque et que vivent actuellement les étudiants des cégeps et des universités au Québec qui luttent pour l’accessibilité à l’éducation pour tous et toutes. La conférence de Jean Bédard constitue une source de réflexion et de questionnement sur les problèmes qui touchent notre société actuellement et le rôle que nous devons y jouer en tant que citoyens et citoyennes responsables et efficaces. Cette réflexion qu’engendre la communication de Jean Bédard illustre bien le choix éclairé de la Compagnie des philosophes d’avoir fait cette invitation à Jean Bédard dans le cadre d’un Dimanche philo. En effet, le questionnement qu’il a suscité chez les participants et participantes répond parfaitement au principal objectif que s’est fixé cet organisme d’éduquer à l’approche philosophique comme instrument d’accomplissement personnel.

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