Déclarer illégale la pauvreté

Au dernier congrès de l’Entraide missionnaire, il fut question du bien commun. « L’option préférentielle pour les pauvres » nous rend solidaires de leurs luttes pour déraciner les structures d’appauvrissement.

« Déclarer illégale la pauvreté. » C’est avec cette étonnante proposition que M. Ricardo Petrella nous a interpellés le 11 septembre dernier au congrès de l’Entraide missionnaire. Économiste et politicologue de l’Université catholique de Louvain, Petrella est bien connu chez nous comme ailleurs pour son plaidoyer en faveur de l’accès universel à l’eau. Qu’est-ce que son slogan accrocheur avait à voir avec notre réflexion sur le bien commun et la participation démocratique?

D’entrée de jeu, Petrella retient notre attention en expliquant qu’il faut déclarer l’illégalité de la pauvreté parce que c’est le pauvre que notre société traite comme illégal, en l’excluant de plus en plus. En rendant illégale la pauvreté, le pauvre, lui, est réintégré dans le cercle légitime de la société. Ceci nous renvoie à « l’option préférentielle pour les pauvres » qui fait partie intégrante de la doctrine sociale de l’Église catholique. En effet, les personnes pauvres sont tellement exclues de tout qu’il faut leur accorder une place prépondérante pour rétablir la communion entre tous les humains. Cette option préférentielle pour les pauvres est au cœur de la mission de l’organisation pour laquelle je travaille : Développement et Paix (DP). Dans notre travail de développement et de solidarité internationale, c’est là un guide pour notre action : que les populations pauvres soient réintégrées dans le cercle de la participation démocratique et de la richesse collective.

Pour Petrella, déclarer illégale la pauvreté, c’est plus qu’un slogan inspirant : c’est aussi un programme d’action. Nous devons lutter activement contre les mécanismes qui engendrent la pauvreté, qu’il s’agisse de lois, d’institutions ou de pratiques. Dans le travail de solidarité internationale, comme on s’attaque aux causes globales de la pauvreté, on doit forcément affronter les mécanismes qui plongent ou maintiennent des populations entières dans la pauvreté. Des partenaires de DP se heurtent aux conséquences désastreuses de l’exploitation de leurs ressources naturelles à cause des lois minières de leur pays qui favorisent les grandes compagnies étrangères au détriment des populations locales qu’on déplace sans ménagement ou dont on dégrade gravement l’environnement sans consultation ni compensation, en échange de redevances misérables. C’est le cas de compagnies canadiennes opérant entre autres au Honduras et en République démocratique du Congo (RDC). Des pays très riches en minerai se retrouvent ainsi paradoxalement en situation de très grande pauvreté, voire même de guerre, comme c’est le cas en RDC. Alors que les ressources minières devraient servir le bien commun, comme le dit Petrella, elles sont transformées en source de guerre et de destruction. Déclarer illégale la pauvreté, dans de tels cas, ça voulait dire mobiliser la population canadienne pour exiger que nos compagnies minières soient redevables devant les contribuables que nous sommes de leurs actions à l’étranger qui appauvrissent nos frères et nos sœurs du Sud. C’est ce qu’ont fait les membres de Développement et Paix dans une campagne qui a duré 3 ans et qui se poursuit.

Dans d’autres cas, des nouvelles pratiques qui se présentent comme avant-gardistes, comme l’utilisation d’agrocarburants en remplacement du pétrole dans nos voitures, ont pour effet de diminuer de manière dramatique l’accès de certaines populations du Sud à des aliments de base comme le maïs. Déclarer illégale la pauvreté prend alors la forme d’une sensibilisation de nos concitoyens aux effets pervers, sur de nombreuses populations d’Asie et d’Afrique, d’actions qui bénéficient à des grandes compagnies sous le couvert d’une approche plus verte.

En nous appelant à aiguiser notre regard pour identifier les mécanismes d’exclusion des pauvres, malheureusement nombreux et efficaces, Petrella nous invite à l’action fraternelle et solidaire qui réintègre le pauvre et chasse la pauvreté. Sa présentation évoquait le tout premier conférencier, le professeur Christian Nadeau, qui a aussi secoué notre torpeur en nous démontrant que ce que nous faisons ici, et ce que nous ne faisons pas, a un impact important sur ce qui se passe parfois à l’autre bout du monde. Chacun à leur manière, Petrella et Nadeau ont redynamisé mon engagement et m’ont permis de dépasser l’usure qui vient des multiples obstacles rencontrés sur le chemin. Cette flamme renouvelée, c’est bien cela que nous allons chercher au congrès de l’Entraide, ce rassemblement de frères et sœurs solidaires dans la lutte contre tous les mécanismes qui créent la pauvreté.

Dans la foulée des propos de M. Petrella, portons attention à ce mouvement populaire qui prend de l’ampleur au Québec, comme ailleurs : Occupy Wall Street. Pour se tenir au fait avec Occupons Montréal, visitez : www.automnequebecois.com

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