Déchiffrer sa voie, trouver sa voix, reprendre la Création

De la sensualité de la méthode ignacienne, en passant par la rigueur de l’iconographie orthodoxe, jusqu’à l’éclosion d’un langage tout à fait original : le parcours personnel de l’iconographe Magdalie Nadeau.

Madame Magdalie Nadeau s’est d’abord initiée à la méthode de méditation sur la vie de Jésus que propose Ignace de Loyola. Celle-ci sollicite l’imagination, incite à créer des images (icônes, en grec) qui permettent de concrétiser notre relation à l’humanité du Sauveur. Ignace nous invite à voir les couleurs, à sentir les odeurs, le froid, à entrer dans les dialogues vécus autour du bambin de la crèche. Plus tard, il nous incitera à partager les sentiments du Fils de l’homme aux moments de sa passion.

Pour communiquer cette expérience, Mme Nadeau a pensé choisir la voie royale de l’iconographie orthodoxe. La production de l’icône s’inscrit dans une démarche acétique et mystique et se fait selon les règles très strictes d’une culture qui nous reste étrangère. Nadeau a dû renoncer à la complexité et, peut-être aux contraintes, d’une telle démarche pour en garder l’esprit. Ses icônes s’inséreront dans une démarche de méditation existentielle acculturée à notre époque.

En somme, elle a renoncé à une voie (méthode, en grec) traditionnelle et pris le risque de déchiffrer sa propre voie, de trouver sa propre voix, sa propre parole. Elle a eu l’audace de sa liberté d’enfant de Dieue : inventer son langage pour redire la Parole aux gens d’aujourd’hui.

Mme Nadeau s’inscrit donc dans l’art moderne : le collage cubiste. Elle utilise un matériel simple : de la terre, des graines d’ici, du papier mâché, des photos de revues, des textes imprimés et de grands coups de pinceaux, non travaillés, qui surgissent spontanément dans le feu du risque de l’action. Car il y a là de l’audace (par exemple, oser coller le texte biblique dans un joyeux chaos) et surtout du lâcher-prise. L’artiste, comme le croyant ou la croyante, doit accepter de ne pas tout contrôler et de s’abandonner au gré du Vent.

Le résultat donne à penser. Regardons ensemble le détail de l’icône d’Emmaüs (voir l’Intériorité). Un monde de postmodernité, agnostique et pluraliste. La foi chrétienne ne s’y impose plus comme une évidence : ce n’est pas une scène biblique explicite qui occupe tout le tableau. Il y a à peine une référence biblique : un texte imprimé qui, pour la majorité, reste banal. Il faudra y croire s’y engager pour en saisir la valeur sacrée.

En même temps, un monde pluraliste, ouvert, qui reconnaît l’expérience et la valeur d’une autre religion : ce Bouddha en méditation qui éclot en éveil.

Dans ce monde, le Christ est caché comme sur le sentier de l’évangile. Contrairement à l’iconographie chrétienne traditionnelle, ce n’est pas lui qui est mis de l’avant. C’est nous qui posons problème, c’est notre cœur fermé, froid comme pierre, qui peut se réchauffer, se dilater dans la rencontre d’autres humains qui s’entraident ou dans la clarté du regard d’un enfant.

Magdalie Nadeau a renoncé à l’or et au graphisme byzantins. Son matériau ne manque pourtant pas de noblesse. On a trop vite oublié que la terre, les grains comme les humains sont autant de créatures, de reflets de Dieue. D’un Dieue qui s’est fait humble jusqu’à désirer que nous reprenions, à notre tour et à notre manière, son geste de création.

En ce début d’été, de temps de vacances, on a souvent plus de chances de goûter à la valeur de la terre, de l’eau, de la végétation comme à la profondeur des relations humaines. Si vous êtes tentés, à votre manière, d’imaginer des liens entre tout ça qui donnent sens à la vie, voire se font prière, osez à votre tour. Le temps des vacances, le temps du lâcher-prise, le temps du Vent, le temps de re-créer.

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