De la priorité de la venue de Jésus

Que font l’Église et ses ministres des Samaritaines de notre monde? Il en reste encore qui s’inspirent de l’audace et de la compassion de Jésus, et qui opèrent des renversements...

Il n’est pas dans le mandat de Sentiersdefoi.info de canoniser les gens ou de reconnaître la validité d’un miracle. À d’autres qui en ont le charisme – ou ce qui est plus dangereux, le goût – de juger, en vertu de la Loi, un discours qui ne tient pas nécessairement compte de la complexité des parcours de vie. Notre journal Web cherche plutôt à saisir la foi dans ses expressions inédites, minoritaires, voire marginales. En sentier, tout n’est pas clair. La marche est souvent confuse, douloureuse, solitaire. Il n’est pourtant pas dit que le Vent ne peut pas y souffler la compassion révélée par Jésus le Sauveur.

L’expérience de M. Yves Coté s’avère riche à cet égard. Tout jeune adolescent, Yves connaît le poids de la différence. Certes, ses parents qui s’en aperçoivent le respectent, même si son père ne peut résister à lui mettre une pression. Sa stratégie pour en faire un homme s’avère limitée. Reste qu’Yves perçoit l’affection parentale. C’est peut-être cette expérience d’accueil qui lui permet d’aller vers d’autres figures d’autorité. Par définition, les gens d’Église ont des charismes qui manquent à son père.

Mal lui en prend. La réalité se révèle plus complexe que les définitions. Yves doit se défendre contre l’agression sexuelle du vicaire. Son recours au curé empire la situation. Réaction de panique : une certaine solidarité cléricale, qui dure jusqu’à aujourd’hui1, l’empêche de reconnaître le désarroi de l’adolescent. Confusion des genres : la théologie fort peu pratique du curé lui permet de pardonner sans plus de dialogue et, du même coup, de se poser en spécialiste (médecin ou psychologue). Il déclare Yves atteint d’une grave maladie2. Comment peut-on pardonner une maladie? Ce genre d’attitude renvoie Yves à la solitude. On comprendra qu’il évite désormais les voies de l’Église.

Commencent alors les cheminements tortueux que connaissent tant de gens aujourd’hui, et ce, indépendamment de leur orientation sexuelle : essais de vie de couple non concluants, promiscuité, drogue, etc. Malgré la tourmente, Yves garde la foi. Ce qui lui vaut une autre part de solitude. Par exemple, lorsque ses amis éclatent de rire quand il leur confie que la pratique de sa foi religieuse lui manque. Plus tard, la sonnerie des cloches l’amène à entrer dans l’église Saint-Pierre-Apôtre, une des rarissimes églises de Montréal dont les portes restent ouvertes toute la journée. Le curé qui l’accueille personnellement lui explique qu’ici les personnes sont bienvenues, quelle que soit leur orientation sexuelle. Yves pleure durant toute l’Eucharistie et, ensuite, il raconte sa vie au curé. La longue soirée se termine par une offre d’engagement en pastorale.

La conclusion de cet entretien apparaît comme quelque chose de merveilleux, de presque miraculeux. Yves lui même, comme ceux à qui il raconte la chose, ne s’y attendent pas. La logique de sa démarche devait ouvrir sur une conversion, une confession, la promesse d’un conformisme moral. Mais, dans ce récit, le pasteur semble avoir une autre priorité. Ce n’est pas le fonctionnaire qui vérifie si son vis-à-vis est en règle avec le modèle institutionnel; ce qui importe, c’est le drame de souffrance et de réconciliation qui se joue chez Yves et l’intuition que, fort d’une telle expérience, celui-ci pourra en aider d’autres qui connaissent l’aridité de son genre de cheminement.

Cette rencontre fait penser à celle de Jésus et de la Samaritaine3. D’abord, même sentiment d’infériorité identitaire, car, selon les lieux communs, elle ne prie pas au bon endroit et ne mène pas une vie régulière; et Yves, lui, se trouve exclu de la communion. Puis, une rencontre renversante : celle de religieux qui reconnaissent chez elle comme chez lui une soif qui s’enracine dans une expérience difficile. Même réponse d’engagement dans l’action; sauf que c’est sans attendre de mandat que la Samaritaine court annoncer que le Messie est peut-être là.

Renversement des apôtres : Jésus s’entretient avec une femme! C’est le monde à l’envers, et ça ne s’arrête pas là. Quand ils l’incitent à manger, Jésus refuse. Il s’est déjà nourri, dit-il, en faisant la volonté de qui l’a envoyé. Paradoxales priorités du Sauveur : l’adoration n’est pas affaire de lieu, mais d’esprit et de vérité; puis, il n’est « pas venu appeler les justes, mais les réprouvés4 ».

1. Certains évêques se demandent maintenant si elle ne résulte pas d’une certaine ecclésiologie courante dans l’Institution.

2. Notons qu’encore aujourd’hui, les journaux nous rapportent régulièrement les propos d’éminents cardinaux qui vont dans le même sens.

3. Jean 4, 1-43.

4. Marc 2, 17.

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