De la chair sur le plâtre

Vœux de l’équipe de rédaction pour Noël 2014.

Creche en construction 2014À ma paroisse, la crèche traditionnelle est en construction. Les personnages dorment encore dans les armoires de la sacristie. Une pile de panneaux de bois a été déposée pêle-mêle sur une estrade de contreplaqués pour signifier un chantier qui ira jusqu’à Noël. Devant cette scène, je me suis pris à rêver une autre crèche… car cela me rappelait l’actualité des pays en ruine où les bombardements font des ravages : Syrie, Irak, Ukraine, surtout Gaza; des pays de violences racistes, policières et économiques : de Ferguson à Cleveland, du Mexique à la Chine (derrière le Made in China), de Gaza à la Cisjordanie avec leurs murs de 10 mètres; et des pays d’austérité mortifère : Grèce, Espagne, Italie, et jusqu’au Québec désormais; et les violences faites aux femmes, en tête de liste partout : 1200 femmes autochtones disparues et assassinées au Canada depuis 30 ans, 14 en 19 minutes à l’École polytechnique il y a 25 ans; violences et mépris qui faisaient brûler d’indignation le prophète Jérémie (Jérémie 20) et Jésus, donc Dieu. La crèche doit nous déplacer, nous bousculer et nous donner du Souffle.

Alors, je ne compléterais pas la construction de la crèche. Je placerais progressivement les personnages dans ce tas de bois: bergers, bergères… moutons, chiens, pour finir avec Marie et Joseph cherchant un abri comme tant de réfugiés et de déplacés, comme ces citoyens appauvris et exclus, pris dans la rue, dans des centres d’accueil, dans des chambres sombres et humides, abandonnés des gouvernements et de Dieu lui-même…

Pourtant, voici que Dieu débarque chez nous, dans nos ruines, dans nos vies souffrantes et paralysées, en lambeaux, dans nos découragements individuels et collectifs. C’est son genre de se retrouver du côté des vulnérables, des exclus de la table, des opprimés par les pouvoirs dominants. Il y apporte du Souffle, de l’espérance, de la force, de la dignité, de la résilience, de la solidarité, de la justice. Les plus petits du pays, des bergers, méprisés, seront les premiers à accueillir chez eux ce couple d’étrangers mal pris, venus de Galilée, leur trouvant un abri et une sage-femme. Alors, dans la crèche-en-chantier, on trouverait Marie sous un abri de fortune, avec quelques femmes, un bon feu et le bébé tout emmailloté. Joseph, lui, monte la garde avec les hommes, ému par les événements, la fidélité de Dieu et le ciel étoilé; il parle du petit et d’avenir…

Nous vous souhaitons un Noël d’accueil et d’écoute, chaleureux et ouvert sur les migrants, les distants, les isolés, les blessés et désespérés de votre entourage. Que votre cœur, votre regard et vos gestes soient réchauffants et réjouissants comme un bon feu de camp!

Gérard Laverdure pour l’équipe de Sentiersdefoi.info

Photo : Yves Côté, paroisse Saint-Pierre-Apôtre

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