De la caféine pour le Royaume

Le Café Mosaïque, comme ces brûleries réconfortantes que l'on aime fréquenter, ne serait-il pas une sorte d'image du Royaume rêvé par Dieu? Et partant, si on injectait un peu de caféine dans nos pratiques ecclésiales, ne favoriserait-on pas l'avènement de celui-ci?

J’aime l’ambiance des cafés. On y trouve une atmosphère chaleureuse et conviviale. On y va avec des amis et on y rencontre des personnes de tous les milieux, et même parfois d’autres amis qu’on se plaît à saluer ou à inviter au passage. Comment vas-tu? Il y a longtemps… Et puis, les enfants? Le travail? Les projets? La santé? Viens te joindre à nous. On s’y attroupe autour d’une table, on y savoure de délicieux petits gâteaux ou de succulents sandwichs avec un bon café et on y discute de tout, de rien. On y prend le temps. On y refait le monde. Parmi le brouhaha d’autres discussions et d’autres rêves qui vibrent aux côtés des nôtres, aux alentours… On s’y sent chez soi, bien vivants, bien connectés et entourés, heureux.

Il n’en est pas autrement du café La Mosaïque. Sa particularité : on cherche à y mousser encore davantage la diversité, à favoriser les rencontres, le dialogue et l’ancrage dans le milieu. On y accueille des « personnes aux horizons spirituels divers » qu’il fait bon connaître vraiment avec toutes leurs richesses; on y découvre « un lieu décloisonné » qui favorise « le dialogue entre personnes de divers milieux » et nous ouvre l’esprit à d’autres réalités ou idées; on y aspire aussi « à créer un milieu où les personnes pourraient vivre ensemble une expérience large » qui englobe tous les aspects de la vie. Bref, ce café y déploie – à l’image d’une mosaïque qui prend en compte une diversité de couleurs et de textures – un microcosme d’une société idéale où tout un chacun se sentirait à l’aise de discuter de ce qu’il souhaite, écouté véritablement, accueilli dans ses nombreuses questions, dans sa totale humanité et dans sa complète différence, et appelé à vivre le respect, le partage, la fraternité, la beauté et la justice de la façon la plus concrète possible. Tout en formant sa pensée par rapport aux véritables enjeux liés à la personne humaine.

Cela ressemble bien à l’image d’un Royaume projeté, promu et mis en œuvre par un certain homme issu d’un milieu modeste de Nazareth, quelque peu rêveur et illuminé, qui a laissé des traces il y a plus de 2000 ans… Il faut croire que les rêveurs sont endurcis et qu’ils ont l’espoir coriace, puisque plusieurs suivent ses pas encore aujourd’hui.

Ce que j’aime de ce café La Mosaïque, c’est qu’on y sent la vie battre. Il n’y a pas que cafés et brioches au menu, mais on y programme aussi des activités de toute forme qui reprennent les couleurs et les multiples aspects de la vie. Dans ce café aux allures d’Église domestique, on trouve des rituels qui scandent et soulignent les moments forts de la vie de ceux et celles qui y vivent, peut-être même plus près de la vie que ceux qu’on célèbre dans nos églises officielles… On y injecte de la « caféine pour l’âme » en prenant le temps de discuter de questions et de sujets sérieux qui nous animent ou nous préoccupent, tout en développant son esprit critique. A-t-on ce genre de lieux où toutes les questions sont bienvenues – vraiment toutes! y compris celles qui concernent l’expression toute personnelle de la foi, les doutes, l’apport des différentes traditions spirituelles, etc. – dans nos milieux ecclésiaux?

On y accueille les « patenteux », ces as de la récupération qui font du neuf avec du vieux, qui réinventent les formes, qui osent de nouveaux trucs en tenant compte de la fragilité de la nature, de son équilibre, de son harmonieuse écologie. Je ne vois pas encore beaucoup d’initiatives du genre dans nos églises où on laisse place aux « patenteux » qui rivalisent d’ingéniosité, aux bricoleurs de sens, aux artistes proprement dits, souvent visionnaires.

Et que dire des soirées de jeux de société qu’on y organise, où le plaisir est de la partie, où on s’attable autour d’un monde imaginaire, l’espace de quelques heures, pour socialiser, y jouer d’intelligence et de ruses, et où fusent les éclats de rire. Euh, rire en Église? dites-moi où puis-je trouver ces espaces où on ose se laisser aller à un peu de légèreté? Puis, que dire des soirées musicales que le café programme? Un petit concert de musique pop ou une soirée de danse seraient bienvenus dans ces grandes salles que renferment nos temples, il me semble. Ou des célébrations plus rythmées, plus modernes où les temps de silence pourraient côtoyer les effusions enthousiastes. (Je n’ose parler ici des Techno Cosmic Masses qui ont lieu à Oakland, en Californie, ces messes courues proposant une soirée festive, une liturgie postmoderne, des prières surgies du cœur, des projections vidéo et laser, un enseignement animé et participatif, de la musique contemporaine avec DJ et un plancher de danse, mises en œuvre par le théologien Matthew Fox, ce serait déplacé et rêver en couleur! Je me promets pourtant d’y aller un jour…)

Quoi encore? Le café La Mosaïque organise des sessions de massage gratuites? N’est-ce pas là une ouverture comme devrait en avoir une Église proche du corps, qui en prend soin avec respect, qui le considère et l’honore plus que par les mots et les intentions? Et des soirées de tricot rassembleuses autres que celles du cercle des Fermières dans les sous-sols d’église? Et des fêtes de quartier entre voisins où tout le monde discute et s’amuse librement et où personne n’a le monopole du micro? Qui plus est, ce café ouvre sa porte à des organismes communautaires en tout genre… Expression d’une belle confiance, d’une belle foi en l’humain! Sans oublier qu’on y vend et y sert des produits équitables et locaux, qu’on y prend une soupe et qu’on en offre même une, en payant de manière anonyme, pour le futur inconnu qui se présentera, la faim au ventre. Quelle belle façon concrète de promouvoir la justice pour tous et toutes et de sensibiliser tout un chacun à l’impact de ses choix de consommation! Et aussi de contribuer à bâtir un monde meilleur en vrai, dès maintenant.

Dans ce café, qui rallie les forces vives du milieu, on est loin des discours, des élucubrations, mais proche des enjeux réels de la vie. Et les responsables qui l’animent forment une équipe de coordination, bien plus qu’un cercle restreint de décideurs. Tiens donc!

Oui, le café La Mosaïque est à l’image de ce Royaume que je voudrais contribuer à bâtir. Oui, c’est cette forme de rassemblement du peuple de Dieu qui m’allume. Cette « Église » désencombrée, décoincée et ouverte. Oui, il faudrait plus de lieux de ce genre…

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