Crois-tu ça?

Serions-nous plus aveugles que l’aveugle-né dont parle l’évangile de Jean? Dans son dernier livre, André Myre soulève des questions radicales sur un évangile contestataire.

Pour André Myre, l’évangile de Jean est radical, anarchiste même, contestataire des systèmes contrôlant et aliénant. La « tragédie johannique », c’est la tragédie humaine. En cette soirée de lancement de son dernier livre Crois-tu cela?, où une quarantaine de personnes sont rassemblées, le bibliste André Myre propose une relecture du chapitre neuf, « Guérison d’un aveugle né », pour illustrer son propos.

« Quand on est devenu vraiment humain, vivant, dans sa vie, on passe vivant à travers la mort. »
André Myre

Ce qui retient l’attention de l’auteur dans cette histoire, ce sont les réactions de l’entourage devant cette guérison d’un mendiant, aveugle de naissance. Les voisins (Jn 9, 8) comme les séparés (c’est-à-dire les pharisiens) (v. 13) cherchent à savoir comment il s’est mis à voir clair. Comme la guérison a lieu le jour du sabbat, les séparés y voient le signe que ce guérisseur ne peut être l’envoyé de Dieu, car « un homme dévoyé pourrait-il accomplir de tels signes? » (v. 16). La division règne. Lorsqu’on demande l’avis de l’aveugle sur celui qui l’a guéri, il répond : « C’est un contestataire » (un prophète, dit la TOB). Mais les Judéens, hauts représentants du système en place, restent sceptiques et font leur enquête auprès des parents qui reconnaissent bien leur fils en lui. Intimidés, ils n’osent se prononcer sur le comment ni sur l’auteur de cette guérison. « Demandez-lui, il est assez grand pour parler. » (v. 20) C’est que « la décision des Judéens est déjà prise : quiconque le reconnaîtrait comme messie serait exclu de l’assemblée » (v. 22). Interrogeant l’aveugle de nouveau, les Judéens n’apprécient pas de se faire faire la leçon – « si celui-là n’était pas de Dieu, il n’aurait rien pu faire » (v. 33) – par un mendiant aveugle (pécheur). Ils l’abreuvent alors d’injures et le jettent hors de l’assemblée.

Jésus retrouve notre homme et lui demande : « As-tu confiance, toi, en l’Humain  (le « Fils de l’Homme »)? (v. 35) « Dis-moi de qui il s’agit que je lui fasse confiance », de répondre l’homme. « L’Humain dans toute sa plénitude, c’est celui que tu regardes et qui te parle » (v. 37), de dire Jésus. « Moi, je suis venu dans ce monde pour qu’il se passe un jugement, en fait, pour que les non-voyants voient et que les voyants deviennent aveugles. » Sur ce, les séparés comprennent bien qu’il les traite d’aveugles et s’en offusquent. Jésus réplique : « Si vous étiez aveugles, vous ne seriez pas dévoyés. Mais puisque vous prétendez voir clair, vous êtes bien en dehors de la voie. » (v. 41) Ainsi opère le jugement. Qu’est-ce qui est premier? La bonté de Dieu à l’œuvre ou les règles de l’institution?

Jésus est une lumière crue, tranchante qui ne juge pas selon les systèmes en place. Pour devenir libres et le demeurer, il faut être vigilants, sortir de l’influence des systèmes et se rassembler, ne pas marcher seul, car de nouveaux systèmes se mettent toujours en place. André Myre poursuit : « Jésus manifeste en plénitude ce don de l’Humain présent en chacun de nous. Il y a en nous un immense torrent qui sourd de l’intérieur de l’être; c’est un don, comme la vie. Comment laisser monter ce torrent? Ouvrir la Parole, prier et engager toute sa vie. »

Crois-tu ca Comm

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