Construire des ponts

« La vie est belle. Le monde, cette vie, sur cette planète, avec ses conneries et ses surprises, ses envoûtements et ses certitudes, tout ce monde, dans sa splendeur et sa laideur, mérite de vivre. » Court extrait du livre Lettres à Kateri.

Lettres a KateriLa vie est belle. Le monde, cette vie, sur cette planète, avec ses conneries et ses surprises, ses envoûtements et ses certitudes, ses platitudes et ses attentes, tout ce monde, dans sa splendeur et sa laideur, sa folie et sa folie encore, ce monde mérite de vivre.

Iéschoua demeure mon guide, celui à qui je veux me fier. Fils d’absolu. Absolu d’humanité et de divinité. En lui se confondent l’humain et le divin. Oui, il mérite trop bien le titre de Fils de Dieu. Il me parle à travers les Évangiles et les enseignements que l’Église peut en tirer. Mais il parle aussi – et plus vivement, souvent – à travers les questions. Ce sont elles, les questions plus que les réponses, qui me permettent de me rapprocher de son mystère.

Les pèlerins étaient toujours attendus au Désert du jour parce que c’est grâce à eux que la communauté se renouvelait et pouvait éviter de se durcir et de devenir un ciment étouffant. « Une théologie n’est ecclésiale, est-il écrit dans notre constitution, que lorsqu’elle a conscience d’une solidarité avec les incroyants eux-mêmes et qu’elle comprend leurs questions comme des questions posées à sa propre foi. Grâce aux questions de nos contemporains, nous puisons au mystère de la foi. »

Un moine très entraîné dans les questions musulmanes m’avait dit, en écho à cela : « Je n’ai pas besoin de l’islam, mais j’ai besoin de dire ma foi chrétienne dans une relation à l’islam. » Oui, nous avons besoin de l’autre dans la foi chrétienne. Il est difficile d’apprendre la singularité sans impliquer l’exclusivité. Ce n’est pas parce que je me dis chrétien que tout se trouve à l’intérieur d’un bocal chrétien. Et c’est curieux : quand on y pense bien, ce sont souvent des étrangers au christianisme qui évangélisent les chrétiens.

Comme une vigne, le christianisme pousse dans la terre, m’a dit Piotr. Inutile de la sortir du sol pour la mettre en pot. La terre des champs nourrit mieux. Ceux qui voudraient trouver la totalité de la foi chrétienne à l’intérieur d’un pot que l’Église se serait préparé pour elle-même perdent tous les minéraux que la terre sauvage peut donner.

En termes plus philosophiques, pour goûter à la plénitude, je ne peux me satisfaire d’aucune totalité. La plénitude a rapport avec l’infini, qui dépasse toutes les totalités. Et donc c’est dans la rencontre de l’autre, contenant une autre « totalité », que j’accède de nouveau à l’infinie richesse de la vérité divine.

Texte tiré de Lettres à Kateri, p. 228-229.

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