Comprends-tu ce que tu lis?

Habitués de longue date à tout nous faire expliquer à l’église, n’avons-nous pas à réapprendre à entendre et à mâcher la Parole à partir de la vie et des enjeux de société? C’est ce que nous propose Claude Lacaille.

Avez-vous déjà fait une relecture sociopolitique d’une petite histoire de l’Évangile qui semblait des plus innocentes comme la parabole du bon pasteur (Jn 10)? C’est l’invitation qu’avait lancée Claude Lacaille, pmé, bibliste et militant pour la justice et la liberté. Le thème de la rencontre : « Jésus, richesse et chameaux… Le budget et la dette. Une réflexion sur ces enjeux économiques à la lumière des traditions bibliques. » Et quelques questions à débattre : « Quel sens l’Évangile apporte-t-il à nos luttes et à nos engagements au quotidien? Comment les textes bibliques nous interpellent-ils à nous impliquer dans la construction d’un nouveau monde possible? » Nous nous sommes retrouvés une vingtaine au Centre Saint-Pierre, à Montréal, par une belle soirée de tempête de neige printanière.

Nous sommes tellement habitués aux histoires racontées par Jésus que nous ne les lisons plus vraiment. Au son d’un titre, un pilote automatique nous résume l’histoire et le sens le plus entendu s’impose sans autre effort de compréhension. Nous sommes gavés de sens tout mâchés, comme pour nourrir des oisillons. Ainsi en est-il avec l’histoire du bon pasteur mettant en scène brebis, portier, mercenaire, loup et voleur. Ce n’est pas compliqué. Jésus est le bon pasteur, nous sommes les brebis. Les mercenaires sont les opposants. Les prêtres sont les bons pasteurs d’aujourd’hui. Suivons-les! Histoire suivante s.v.p.!

Les auditeurs de Jésus, en bons juifs, se rappellent, eux, les invectives du prophète Ézéchiel contre « les pasteurs qui se paissent eux-mêmes » (Ez 34). Ils savent bien qui sont visés : les chefs du peuple qui sont des mercenaires, que les brebis reconnaissent bien pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire des voleurs, des bandits. Jésus est dans la lignée des prophètes qui dénoncent tous les pouvoirs oppresseurs. Déjà ici, on voit des personnages politiques défiler et des scandales récents. À partir de nos préoccupations de justice sociale, on peut mettre cette histoire en résonance avec notre situation au Québec et au Canada. Le troupeau, c’est la société, le peuple. Un vrai chef connaît son monde et en prend soin au point de le défendre au péril de sa vie. Il a à cœur le bien commun. Il voit à ce que tous aient accès à de verts pâturages : travail bien rémunéré, santé, éducation, sécurité, culture, dans le respect et la liberté. Les autres sont des mercenaires, des profiteurs et des voleurs. Quand vient le danger, les prédateurs de tout acabit, les mercenaires ne les affrontent pas : ils se sauvent. De nos jours, ils vont plus loin : ils pactisent avec les loups, les laissent dévorer les ressources et le troupeau, et en tirent même profit. Ils sont rendus à la solde des meutes de loup. Et le peuple le sait.

Claude Lacaille nous rappelle qu’« il faut lire le texte biblique attentivement, en groupe, en tenant compte du contexte social du temps et des enjeux d’aujourd’hui ». Il faut « lire la Bible à la lumière de l’actualité et lire l’actualité à la lumière de la Bible. Avoir deux oreilles, une pour le texte entendu, l’autre pour entendre le cri des opprimés » (cf. Ex 3), dit-il. Ensemble, les participants et participantes ont bien lu dans la Bible que Dieu a créé le monde et ses richesses pour que tous y aient accès, et non juste quelques-uns. Connaissant son monde, il a dû instaurer la « formule de justice » du jubilé pour la remise totale des dettes tous les 50 ans (Lv 25, 8-55). Quand on pense à l’endettement chronique des pays pauvres et des appauvris de partout…

Le Royaume des cieux frappe de plein fouet les « royautés économiques, politiques et religieuses » de ce monde. Ce n’est pas pour rien que les autorités d’alors ont voulu se débarrasser de Jésus. Il dénonçait leur hypocrisie, leurs manœuvres frauduleuses, œuvres cachées dans les ténèbres, et il minait les assises de leur pouvoir. Ils n’auraient jamais fait de commission d’enquête qui aurait révélé leurs magouilles au grand jour. Comme le disait Claude Lacaille : « La parole de Dieu est éminemment politique. » Étonnantes, la force et l’actualité de la Parole.

On peut trouver de nombreuses réflexions sur l’actualité proposées par Claude Lacaille sur le site www.interbible.org.

Le Comité de solidarité de Trois-Rivières, dont Claude Lacaille est membre, publie chaque mois différents dossiers pertinents (finances publiques, solutions équitables, l’eau, etc.) dans la Gazette de la Mauricie. Voir www.lagazette.ca, section « Les grands enjeux ».

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