Chemin de l’être, chemin de Dieu

Dans un monde très agité et matérialiste, le chemin vers Dieu passe par la nature et le silence… et conduit à chanter la vie.

La fraîcheur de la Source qui coule en ce Village des Sources nous atteint par les mots et les images que rapporte Jocelyne Hudon dans son article publié en Itinéraire. J’en ressors rafraîchi et rempli d’un souffle d’espérance. C’est vraiment un trésor caché, ce village accouché dans la foi, tout près de Rimouski, qui me rappelle Nazareth, dont on disait : « Que peut-il sortir de bon de là? » De même, aujourd’hui, nous pourrions paraphraser cette boutade malveillante par « Que peut-il sortir de bon des jeunes? » ou « Que peut-il sortir de bon d’une communauté vieillissante de frères ou d’une Église marquée par les scandales et le cléricalisme? » La religion et même la quête spirituelle n’ont pas bonne réputation de nos jours. Pourtant…

Le cri des enfants

Pourtant, l’Esprit de ce Dieu bienveillant nous cherche, se faufile comme l’eau, par des chemins inattendus, pour rejoindre les cœurs. L’appel de Dieu pour le frère Jean-Guy Gendron est passé par l’appel d’une jeune fille qui lui partage comment le camp qu’elle a vécu avec lui a changé sa vie. Bouleversé comme Moïse devant le buisson ardent – « J’ai entendu les cris de mon peuple », lui a dit Dieu (Exode 3) –, il y trouvera une confirmation et une relance de sa mission : « J’ai choisi ma vie en fonction du cri des enfants, pour que des jeunes reprennent vie. » Frère Gendron « fait le saut dans le vide » et les portes s’ouvrent et les morceaux se mettent en place. Signes que l’Esprit est à l’œuvre. Après 22 ans, 55 000 jeunes sont allés s’abreuver au Village des Sources. Ce n’est pas rien. Mais ce qui me réjouit le cœur, c’est que le cri des enfants de notre temps soit entendu et que la réponse soit accompagnée d’une pédagogie pleine de respect et de sagesse.

Rythme de vie « endiablé »

Un petit détour avant de revenir à cette pédagogie inspirée. Comme citadin qui vit au cœur d’une grande ville, Montréal, et comme citoyen branché sur Internet et le cellulaire, je ressens très bien la force centrifuge, comme dans un carrousel, du rythme de vie « endiablé » qui nous propulse hors de nous-mêmes. La course au travail, visible à l’heure de pointe, à la performance, au profit, au pouvoir, aux activités d’évasion d’un quotidien trop stressant nous aliène, nous rend étrangers à nous-mêmes, à notre être. Nous en sommes profondément malades psychiquement, physiquement et spirituellement. En conséquence, la santé constitue la plus grande part de budget des gouvernements, et les actionnaires des pharmaceutiques empochent des milliards grâce à la maladie. Massivement, nous avons perdu le lien avec la nature et avec notre être. Et ce n’est pas la science et la technologie qui vont nous sortir de là. Alors, comment retrouver le chemin de son être?

Chemin de l’être, chemin de Dieu

Que ce soit dans la sagesse des Premières Nations qui ont gardé le lien sacré avec la Terre-Mère, dans les sagesses orientales comme le bouddhisme ou chez les mystiques chrétiens et musulmans, le chemin de l’être passe par la nature, la contemplation de sa beauté et le silence. À notre époque, il y a une multitude d’initiatives offrant le ressourcement dans la nature. Notre webzine a déjà présenté des groupes qui intègrent nature et spiritualité : Pèlerinage-Jeunesse Riki (Vol. 3 no 1), Salut! Terre (no 117), « Espace Art-Nature » (Vol. 7 no 7)1. C’est dans cet esprit d’un retour aux sources, dans la nature et en soi, que se déploie la pédagogie du Village des Sources. L’immersion dans la nature, vue comme « la plus grande des cathédrales », avec sa voûte étoilée, ses chorales d’oiseaux et le bruissement du vent dans les feuilles, plonge les jeunes dans l’émerveillement, la contemplation. Même les plus jeunes y trouvent leur compte et en redemandent. « De là surgiront des prises de consciences étonnantes », ajoute le pédagogue de Dieu.

Chanter la vie

« Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits. » (Matthieu 11, 25)

Nous sommes ici dans une pédagogie expérientielle qui accueille avec respect les expressions des jeunes sur leurs découvertes intérieures, jusque dans leur manière de « nommer Dieu ». Ce que le fondateur de ce village unique a compris : « Tout chrétien doit savoir quand c’est le temps de proclamer le nom du Christ ou quand c’est le temps de se taire pour laisser parler l’amour. » (Benoît XVI) Une pédagogie qui porte des fruits qui demeurent. Les jeunes du Village des Sources deviennent plus conscients et plus solides pour demeurer eux-mêmes dans des sociétés déshumanisées et être des témoins crédibles de la Source divine qui cherche à jaillir en chaque être. Autre fruit savoureux : des centaines de jeunes (800 en 2008) se sont joints aux activités Chanter la vie. Chanter la vie : un antidote à la désespérance et aux envies de suicide. J’ai assisté à un de leur spectacle-témoignage lors du Congrès eucharistique de Québec, en 2005. Une source jaillissante qui bouleverse le cœur et donne du Souffle pour la vie. N’y a-t-il pas plein d’enfants qui crient, par toute la terre, jusque dans des corps d’adultes, en attente d’un sourcier, d’une sage-femme, d’un oasis dans le désert, pour qu’ils puissent enfin advenir à la plénitude de leur être? La relève des vieux sourciers est en chemin…

1. Voir aussi l'extrait « La nature qui s’élance vers Dieu » tiré du livre d’André Beauchamp, Environnement et Église (Fides, 2008) paru dans la rubrique Intériorité de ce numéro de Sentiersdefoi.info.

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