Charité bien ordonnée commence par… responsabilité

Nos investissements et nos choix de consommation ont un impact sur des vies humaines et sur la nature. Le Regroupement pour la responsabilité sociale et éthique veut conscientiser les actionnaires des compagnies à la responsabilité qu’ils ont.

La culture religieuse aborde souvent la question de l’entreprenariat privé avec difficulté. La business demeure encore pour bien des gens étranger à l’expérience de foi. Pourtant, au Canada, il existe actuellement des organisations où la pratique de la foi s’intéresse spécifiquement à l’impact des investissements. C’est notamment le cas du Regroupement pour le Responsabilité Sociale et l’Équité (RRSE).

« Dans un monde nouveau, il faut présenter un souci nouveau! » C’est ainsi que s’exprime Mme Diane Boudreault, présidente du RRSE à propos de la pertinence de ce regroupement dans le paysage économique et religieux québécois. Inspirés du Taskforce of Churches and Corporate Responsability (TCCR) de Toronto, les premiers pas de l’organisation furent modestes. Le 1er février 1996, deux communautés religieuses se lancent dans l’aventure, soit les Oblats de Marie-Immaculée et les Sœurs de Sainte-Anne. Depuis, ce sont quelque 27 communautés religieuses, 3 associations religieuses et 15 individus qui forment le RSSE.

Pour Mme Boudreault, ce regroupement est né d’un désir de justice. « La pratique évangélique n’est pas équivalente à la pratique dominicale. Trop souvent, cette dernière fut mise sur un piédestal, et cette situation n’est pas d’hier », souligne-t-elle. La spiritualité ne peut évacuer la difficile question du travail, de l’équité et de la gestion de l’environnement. Vivre la charité, c’est placer la justice au centre de toute notre inscription sociale. C’est ainsi témoigner d’une manière active et pragmatique de l’importance de la dignité humaine et de l’environnement dans notre vie de croyant. « Tout comme Dieu respecte l’homme et la création, il nous faut tendre à vivre un respect semblable envers les humains et l’environnement », affirme la présidente du RRSE.

Être un agent de transformation sociale par la diffusion de cette conviction que la justice doit être le moteur de nos institutions, telle est l’intention du RRSE. Pour ce faire, le regroupement encourage des prises de positions socialement justes de la part des actionnaires d’entreprises ayant leur siège social au Québec. Dès 1996, lors de l’assemblée générale de Power Corporation, la motion du RRSE qui voulait que le conseil d’administration puisse accroître la représentativité des femmes en son sein est adoptée. Devant la réussite de ce premier essai, les délégués du RRSE appuient, le 12 mars 1997, les résolutions de monsieur Yves Michaud, le « Robin des Banques », lors de l’assemblée des actionnaires de la Banque Nationale. Leur intervention qu’ils qualifient de ferme et de respectueuse ne manque pas d’attirer l’attention. Dans cette veine, l’action la plus spectaculaire du RRSE demeure encore à ce jour l’effort conjoint avec d’autres acteurs de la société civile dans le dossier du Suroît. En 2004, le gouvernement Charest a abandonné son projet de centrale thermique à Beauharnois, sur la rive sud de Montréal.

« Les interventions en tant qu’actionnaires sont pour nous un moyen de sensibilisation auprès des entreprises ou des actionnaires eux-mêmes », soutient madame Boudreault. Loin de se battre contre le principe de l’économie de marché, il s’agit de « mener la recherche la plus large possible et de créer un climat de confiance avec les entreprises afin de les rendre de plus en plus responsables » vis-à-vis de leurs employés, de notre société et de la gestion du territoire. Cette pratique éthique revient à mettre à l’avant plan du vécu de foi une sensibilité à agir sur les mécanismes structuraux du commerce. Intégrer cette dimension à la vie spirituelle complète l’expression de la foi qui trop souvent se limite à la sphère privée. Le RRSE invite donc, par les questions éthiques, à revoir notre rapport au monde afin que notre spiritualité influence notre prise en charge des défis sociaux et que les défis sociaux nous ouvrent à une spiritualité socialement responsable.

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