Assistons-nous à l’éveil écologique de l’Église du Québec?

Peut-on être chrétien aujourd’hui sans avoir conscience des enjeux de l’environnement? L’Église catholique a-t-elle commencé à s’intéresser aux enjeux écologiques actuels? Enfin, ça tend de plus en plus à bouger de ce côté, au Québec.

Ça bouge dans l’Église du Québec du côté de l’environnement. Enfin, direz-vous! Alors qu’en Allemagne, ça fait pratiquement une génération que l’Église catholique s’est mise à l’heure de l’environnement, alors que les Églises chrétiennes, surtout dans la tradition calviniste, y sont depuis plus longtemps encore, l’alerte écologique était demeurée pour la base de notre Église une question périphérique. Il y a eu pourtant l’excellente lettre des évêques Les chrétiens et l’environnement (1981, remise à jour en 1991) et l’œuvre d’évêques très impliqués, en particulier Gérard Drainville, écologue, Bertrand Blanchet, docteur en foresterie et Bernant Hubert, biologiste. Mais dans les paroisses et les communautés, la question n’émergeait pas vraiment. L’écologie était portée surtout par les jeunes hors du terrain ecclésial, et parfois même avec une certaine hostilité à l’égard de la tradition chrétienne. Mais les choses changent et les responsables d’Hydro-Québec sont restés bouche bée quand ils ont vu des représentants de communautés religieuses partir à l’assaut du Suroît. « Les soeurs contre le Suroît? Je n’en crois pas mes oreilles! »

L’environnement, plus qu’un décor?

J’ai donné depuis vingt ans de très nombreuses conférences sur l’environnement, notamment sur les chrétiens (ou foi chrétienne) et l’environnement. En général, les gens ne perçoivent pas ce thème comme pertinent pour plusieurs raisons : c’est technique et complexe; c’est sale, relié à la pollution et aux catastrophes; c’est politique et controversé, et nous voudrions la paix; c’est profane, séculier, et ça a peu de rapport avec le sacré. Spontanément, pour les gens, l’environnement n’est guère plus qu’un décor.

Pour percevoir chrétiennement la question de l’environnement, il faut procéder à deux types d’analyse : une analyse sociale et une analyse écosystémique. Mais il faut aussi préalablement un diagnostic. Le diagnostic consiste à reconnaître le fait de la crise écologique comme résultat attribuable en partie à l’explosion de l’espèce humaine. La crise écologique actuelle, c’est-à-dire le dérèglement d’un certain nombre de processus de régulation de l’écosystème terrestre, semble attribuable à l’explosion de l’espèce humaine, ce que j’appelle les quatre bombes : D, C, P, I. D pour explosion démographique; C pour recherche effrénée de la consommation comme idéal de vie; P pour pollution, grossière au début, insidieuse et subtile maintenant; I pour inégalités, iniquités, injustices qui rendent les sociétés humaines de plus en plus instables et sujettes à des crises.

C’est à partir des points D et P que le discours écologiste s’est construit. Mais la conscience chrétienne s’éveille à partir des points C et I. La consommation ostentatoire et effrénée devient une dégradation de l’être dans l’avoir, un contre-évangile. De plus, l’abondance et la richesse mènent toujours à I : inégalités, iniquités, injustices.

La crise écologique est d’abord une crise de l’écosystème Terre : changements climatiques, désertification, déclin de la diversité biologique, etc. Mais c’est aussi, par voie de conséquence, une énorme crise sociale et politique. Est-ce une fin du monde? Si l’équilibre de la planète détermine l’avenir des sociétés humaines, il nous faut refluer vers nos responsabilités envers la création tout entière.

Et la Bible dans tout ça?

La Bible n’a pas envisagé une chose telle que la crise écologique car, au moment de sa rédaction, l’être humain est faible et fragile devant la nature. La mission de gérer et de dominer doit être réinterprétée. De même, les tables de la Loi données à Moïse ne sont qu’au nombre de deux : la première concerne Dieu, la seconde concerne les humains. Il nous faut définir une troisième table et inscrire notre rapport à la terre (aux animaux, aux plantes, aux rochers et à l’eau) dans un même souci éthique. Nous avons appris à maîtriser la nature. Qui ou quoi maîtrisera notre maîtrise?

Mots clés :
, , , , , ,