Appels en attente

Au-delà des débats, il y a des histoires de femmes. La recherche doctorale de Pauline Jacob dévoile les cheminements de celles qui se sentent appelées à devenir prêtres ou diacres. Dernier de deux textes.

« Intérieurement, je sens cet appel et personne ne pourra m’enlever ce sentiment intérieur. C’est intouchable. Et vous, si vous tentez de faire taire ces femmes, les pierres elles-mêmes crieront. » La voix de cette femme se sentant appelée à la prêtrise porte bien au-delà des débats qui ont cours et de ceux qu’il faudrait qu’il y ait au sujet de l’ordination des femmes. Ces propos, recueillis par Pauline Jacob dans le cadre de sa recherche doctorale, rappellent que si l’ordination des femmes est un enjeu d’égalité et de justice, la question habite plus ou moins secrètement le quotidien de celles qui ressentent avec intensité tant l’appel que la non-reconnaissance de cet appel par l’institution.

Quinze femmes québécoises âgées entre 32 et 69 ans ont accepté de raconter à Pauline Jabob, doctorante en théologie à l’Université de Montréal, leur parcours vocationnel. En documentant « de façon rigoureuse leur processus de discernement », madame Jacob a cherché à « authentifier théologiquement l’appel qu’elles disent ressentir » en utilisant les « fondements théologiques reçus de la grande tradition chrétienne en matière de discernement vocationnel ».

La recherche terminée, Pauline Jacob n’hésite pas à affirmer que « leur démarche se situe en ligne droite avec la grande tradition ecclésiale de discernement ». Plus encore, « non seulement ces femmes perçoivent un appel à travers leur prière, leur engagement et l’interpellation de leurs proches, non seulement les membres de leur communauté confirment leur possible vocation, mais aussi je peux affirmer après analyse qu’elle répondent abondamment aux critères exigés idéalement d’un candidat à la prêtrise ou au diaconat. Je crois qu’elles seraient acceptées au Grand Séminaire si elles étaient des hommes! », conclut-elle.

En donnant la parole à ces femmes, la chercheuse nous offre des récits de cheminements marqués par le doute, le questionnement, le refoulement, le rejet, mais surtout par ce qu’elles comprennent comme « des passages de Dieu » déposant en elle « la certitude d’être appelée à œuvrer dans l’Église ». « Elles ne se mandatent pas narcissiquement dans ces ministères », soutien Pauline Jacob. Bien au contraire. Comme l’a souligné Lise Baroni lors des échanges, étonnamment, ces femmes ne se définissent pas en regard de l’injustice et du manque de reconnaissance qu’elle subissent, mais à partir de ce qu’elles ressentent en elles. « Et il y a là quelque chose d’énormément subversif : le Pape a beau dire ce qu’il veut, elles vont continuer à exercer ce ministère-là, soutien la professeure de l’Université de Montréal. Je ne pense pas qu’elles vont s’embarquer dans des batailles et des manifestations, ce dont elles ont besoin c’est de nous, ajoute-elle, pour que cette expérience entre et fasse son chemin dans des dimensions plus politiques. »

Dernier de deux textes publiés dans la foulée du colloque sur l’accès des femmes aux ministères ordonnés tenu au Centre justice et foi les 27 et 28 octobre derniers.

Pauline Jacob soutiendra sa thèse le 1er décembre prochain. Pour information : www.theo.umontreal.ca

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